L'extase passée, loin d'être abattue, je me précipite de plus belle sur mon habile compagne; je la mange de caresses. Je prends sa main, je la porte à cette même place qu'elle vient d'irriter si fort. La Supérieure me voyant de la sorte, s'oublie elle même, s'emporte comme une bacchante. Toutes deux nous disputons d'ardeur de baisers, de morsures…. quelle agilité, quelle souplesse cette femme avait dans ses membres. Son corps se pliait, s'étendait, se roulait à m'étourdir. Je n'y étais plus. J'avais à peine le temps de rendre un seul baiser à tous ceux qui me pleuvaient de la tête aux pieds. II me semblait que j'étais mangée, dévorée en mille endroits Cette incroyable activité d'attouchemens lubriques me mit dans un état qu'il est impossible de décrire. O Fanny! que n'etais-tu témoin de nos assauts, de nos élans. Si tu nous avais vues toutes deux furibondes, haletantes, tu aurais compris tout ce que peut l'empire des sens sur deux femmes amoureuses. Un instant ma tête se trouva prise entre les cuisses de ma lutteuse. Je crus deviner ses désirs. Inspirée par ma lubricité, je me mis à la ronger dans ses parties les plus tendres. Mais je répondais mal à ses voeux. Elle me ramène bien vite sur elle, glisse, s'échappe sous mon corps et, m'entr'ouvrant subtilement les cuisses, elle m'attaque aussitôt avec la bouche. Sa langue agile et pointue me pique, me sonde comme un stylet qu'on pousse et retire rapidement. Ses dents me prennent et semblent vouloir me déchirer. J'en vins à m'agiter comme une perdue. Je repoussais la tête de la Supérieure, je la tirais par les cheveux. Alors elle lachait prise: elle me touchait doucement, m'injectait sa salive, me léchait avec lenteur, ou me mordillait le poil et la chair avec une raffinerie si délicate, si sensuelle à la fois que ce seul souvenir me fait suinter de plaisir. Oh! quelles délices m'enivraient! quelle rage me possédait! Je hurlais sans mesure; je m'abatais abîmée, ou je m'élevais égarée, et toujours la pointe rapide, aigue m'atteignait, me percait avec raideur. Deux lèvres minces et fermes prenaient mon clitoris, le pincaient, le pressaient à me détacher l'âme. Non Fanny, il est impossible de sentir, de jouir de la sorte, ce n'est qu'une fois en sa vie. Quelle tension dans mes nerfs! quel battement dans mes artères! quelle ardeur dans la chair et le sang. Je brûlais, je fondais et je sentais une bouche avide, insatiable, aspirer jusqu'à l'essence de ma vie. Je te l'assure je fus desséchée et j'aurais dû être inondée de sang et de liqueur. Mais que je fus heureuse! Fanny Fanny! Je n'y tiens plus. Quand je parle de ces excès je crois éprouver encore ces mêmes titillations dévorantes. Achève-moi…. Plus vite, plus fort…. bien! ah! bien! las! je meurs….

Fanny était pire qu'une Louve affamée.

Assez, assez, répétait Gamiani. Tu m'épuises. Démon de fille! Je te supposais moins habile, moins passionnée. Je le vois, tu te développes. Le feu te pénètre.

F — Cela se peut-il autrement. Il faudrait être dépourvue de sang et de vie, pour rester insensible avec toi. — Que fis-tu ensuite?

G — Plus savante alors, je rendis avec usure, j'abîmai mon ardente compagne. Toute gêne fut désormais bannie entre nous et j'appris bientôt que les soeurs du couvent de la Rédemption s'adonnaient entr'elles aux fureurs des sens, qu'elles avaient un lieu secret de réunion et d'orgie pour s'ébattre à leur aise. Ce Sabbat infame s'ouvrait à complies et se terminait à matines.

La Supérieure déroula ensuite sa philosophie. J'en fus épouvantée au point de voir en elle un Satan incarné. Cependant elle me rassura par quelques plaisanteries et me divertit surtout en me racontant la perte de son pucelage. Tu ne devinerais jamais à qui fut donné ce précieux trésor. L'histoire est singulière et vaut la peine d'être contée.

La supérieure que j'appellerai maintenant Sainte était fille d'un capitaine de vaisseau. Sa mère, femme d'esprit et de raison, l'avait élevée dans tous les principes de la saine religion, ce qui n'empêcha point que le tempérâment de la jeune Sainte ne se développât pas de très bonne heure. Dès l'âge de douze ans elle ressentait des désirs insupportables, qu'elle cherchait à satisfaire par tout ce qu'une imagination ignorante peut inventer de plus bizarre. La malheureuse se travaillait chaque nuit. Ses doigts insuffisants gaspillaient en pure perte sa jeunesse et sa santé. Un jour elle appercut deux chiens qui s'accouplaient. Sa curiosité lubrique observa si bien le mécanisme et l'action de chaque sexe, qu'elle comprit mieux désormais ce qui lui manquait. Sa science acheva son supplice. Vivant dans une maison solitaire, entourée de vieilles servantes sans jamais voir un homme, pouvait-elle espérer de rencontrer jamais cette flêche animée, si rouge, si rapide qui l'avait si fort émerveillée et qu'elle supposait devoir exister pareillement pour la femme. A force de se tourmenter l'esprit, ma nymphomane se rémemoria que le singe est de tous les animaux celui qui ressemble le plus à l'homme. Son père avait précisément un superbe orang-outang. Elle fut le voir, l'étudier et comme elle restait long-temps à l'examiner, l'animal, échauffé sans doute par la présence d'une jeune fille, se développa tout-à-coup de la façon la plus brillante. Sainte se mit à bondir de joie. Elle trouvait enfin ce qu'elle cherchait tous les jours, ce qu'elle rêvait chaque nuit. Son idéal lui apparaissait réel et bien palpable. Pour comble d'enchantement l'indicible joyau s'élançait plus ferme, plus ardent, plus menaçant qu'elle ne l'eut jamais ambitionné. Ses yeux le dévoraient. Le singe s'approcha, se pendit aux barreaux et s'agita si bien que la pauvre Sainte en perdit la tête. Poussée par sa folie, elle force un des barreaux de sa cage et pratique un espace facile que la lubrique bête met de suite à profit. Huit pouces francs, bien prononcés, saillaient à ravir. Tant de richesse épouvanta d'abord notre pucelle. Toutefois le diable la pressant, elle ose voir de plus près; sa main toucha, caressa. Le singe tressaillit à tout rompre. Sa grimace était horrible. Sainte effrayée crut voir Satan devant elle. La peur la retint. Elle allait se retirer, lorsqu'un dernier regard jeté sur la flamboyante amorce reveille tous ses désirs. Elle s'enhardit aussitôt, relève ses jupes d'un air décidé et marche bravement à reculons, le dos penché contre la pointe redoutable. La lutte s'engage, les coups se portent. La bête devient l'égal de l'homme. — Sainte est embestialisée, dévirginée, ensinginée. Sa joie ses transports éclatent en une gamme de oh! et de ah! mais sur un ton si élevé que la mère entend, accourt et vous surprend sa fille bien nettement enchevillée, se tortillant, se débattant et déjectant son âme

F — La farce est impayable!

G — Pour guérir la pauvre fille de sa manie singesque on la place dans le couvent.

F — Mieux eut valu la laisser à tous les singes.