F — C'est trop! oh!… je meurs… heu!….
G — Prends! prends!…. lui crie Gamiani, en lui présentant une fiole qu'elle vient de vuider a moitié. Bois! c'est l'elixir de vie. Tes forces vont renaître. —— Fanny sans forces, incapable de résister avale la liqueur qu'on verse dans sa bouche entr'ouverte.
Ah! ah! s'écrie Gamiani? d'une voix éclatante, tu es à moi.
Son regard avait quelque chose d'infernal.
A genoux entre les jambes de Fanny, elle s'attachait son redoutable instrument et le brandissait d'un air menaçant.
A cette vue les transports de Fanny redoublent plus violents, il semble qu'un feu intérieur la tourmente et la pousse à la rage. Ses cuisses écartées se prêtent avec effort aux attaques du simulacre monstrueux. L'insensée! elle eut à peine commencé cet horrible supplice qu'une étrange convulsion la fit bondir en tous sens.
F — Oi! oï! Ta liqueur brûle, oi! mes entrailles. Mais cela pique, cela perce… oh! je vais mourir…. Vile et damnée sorcière tu me tiens…. Tu me tiens…. ah!…. — Gamiani insensible à ces cris d'angoisse et de torture, redouble ses élans. Elle brise, déchire et s'abime à travers des flots de sang; mais voilà que ses yeux tournent. Ses membres se tordent, les os de ses doigts craquent. Je ne doute plus qu'elle n'ait avalé et donné un poison ardent. —Epouvanté je me précipite à son secours. Je brise les portes dans ma violence, j'arrive. Hélas! Fanny n'existait plus. Ses bras ses jambes horriblement contournés s'accrochaient à ceux de Gamiani qui luttait seule encore avec la mort.
Je voulus les séparer.
Tu ne vois pas, me dit une voix de râle que le poison me tourmente…. mes nerfs se tordent…. Va-t-en!…… Cette femme est à moi…. oi! oi!
C'est affreux, m'écriai-je, transporté.
G — Oui! Mais j'ai connu tous les excès des sens. Comprends donc, fou! il me restait à savoir si dans la torture du poison, si dans l'agonie d'une femme mêlee à ma propre agonie, il y avait une sensualité possible!…. Elle est atroce! Entends-tu? Je meurs dans la rage du plaisir, dans la rage de la douleur……. Je n'en puis plus…… heu!…… A ce cri prolongé venu du creux de la poitrine, l'horrible furie retombe morte sur son cadavre.