F — Quand je devrais y rester, je veux tout l'engloutir; la rage me possède.

G — Couche toi donc sur le dos, bien étendue, les cuisses écartées, les cheveux au vent laisse tes bras tomber nonchalamment. Livre toi sans crainte et sans réserve.

F — Oh! oui, je me livre avec transport. Viens dans mes bras, viens vite.

G — Patience, enfant! Ecoute: pour bien sentir tout le plaisir dont je veux t'enivrer il faut t'oublier un instant; te perdre, te fondre en une seule pensée, une pensée d'amour sensuel, de jouissance charnelle et délirante; quels que soient mes assauts quelles que soient mes fureurs, garde-toi de remuer ou dagir. Reste sans mouvement, reçois mes baisers sans les rendre. Si je mords, si je déchire, comprime l'élan et la douleur aussi bien que celle du plaisir jusqu'au moment suprême ou toutes deux nous lutterons ensemble pour mourir à la fois.

F — Oui! oui! je te comprends, Gamiani. Allons! Je suis comme endormie, je te rève à présent. Je suis à toi, viens!…. Suis-je bien? attends, cette pose sera je crois plus lubrique…..

G — Débauchée! tu me dépasses. Que tu es belle, exposée de la sorte…. impatiente! tu désires déjà, je le vois….

F — Je brûle plutôt. Commence, commence, je t'en prie.

G — Oh! prolongeons encore cette attente irritée, c'est presque une volupté. Laisse-toi donc aller d'avantage. Ah! bien! bien! Je te voulais ainsi; on la dirait morte….. délicieux abandon…. C'est cela! Je vais m'emparer de toi, je vais te réchauffer, te ranimer peu-à-peu, je vais te mettre en feu, te porter au comble de la vie sensuelle. Tu retomberas morte encore, mais morte de plaisirs et d'excès. Délices inouies! à les goûter seulement la durée de deux éclairs ce serait la joie de Dieu.

F — Tes discours me brûlent: A l'oeuvre, à l'oeuvre, Gamiani! A ces mots Gamiani noue précipitamment ses cheveux flottans qui la gênent. Elle porte la main entre ses cuisses, s'excite un instant, puis, d'un seul bond, elle s'élance sur le corps de Fanny qu'elle touche, qu'elle couvre partout. Ses lèvres entr'ouvrent une bouche vermeille, sa langue y pompe le plaisir. Fanny soupire; Gamiani boit son souffle et s'arrête. A voir ces deux femmes nues immobiles, soudées, pour ainsi dire, l'une à l'autre, on eut dit qu'il s'opérait entre elles une fusion mystérieuse, que leurs âmes se mêlaient en silence.

Insensiblement Gamiani se détache et se relève. Ses doigts jouent capricieusement dans les cheveux de Fanny qu'elle contemple avec un sourire ineffable de langueur et de volupté. Sa main se promène indiscrète, elle touche, caresse, manie chaque trésor. Les baisers, les tendres morsures volent de la tête aux pieds qu'elle chatouille du bout de ses mains, du bout de sa langue. Elle se précipite ensuite à corps perdu, se redresse, retombe encore haletante, acharnée. Sa tête, ses mains se multiplient. Fanny est baisée, frottée, manipulée dans toutes ses parties, on la pince, on la presse, on la mord. Son courage cède: elle pousse des cris aigus; mais un toucher délicieux vient calmer à l'instant sa douleur et provoque un long soupir. — Plus ardente, plus empressée Gamiani jette sa tête à travers les cuisses de sa victime. Ses doigts écartent, violentent deux nymphes délicates. Sa langue plonge dans le calice et lentement elle épuise toutes les raffineries du chatouillement le plus irritant qu'une femme peut sentir. Attentive aux progrès du délire qu'elle cause, elle s'arrête ou redouble selon que l'excès du plaisir ou s'éloigne ou s'approche. Fanny nerveusement saisie, part tout-à coup d'un élan furieux.