La foudre tombant sur une foule produirait moins d'effet que cette scène, sur les nonnes. Toutes s'enfuirent épouvantées croyant que le diable était avec elles; la supérieure resta seule à se débatte avec l'intempestif ressuscité. L'aventure devait entrainer des suites terribles, pour les prévenir je m'echappai le soir même de ce repaire de débauche et de crime….. Je me réfugiai quelque-temps à Florence, pays d'amour et de prestige. Un jeune Anglais, Sir Edward, enthousiaste et rêveur comme un Osvald, concut pour moi une passion violente. J'étais lasse de plaisirs immondes. Jusques-là mon corps seul s'était agité, avait vécu; mon âme sommeillait encore. Elle s'éveilla doucement aux accents purs, enchanteurs d'un amour noble et élevé. Dès lors, je compris une existence nouvelle; j'éprouvai ces désirs vagues ineffables qui donnent le bonheur et poëtisent la vie… Les corps combustibles ne brûlent pas d'eux-mêmes: qu'une étincelle approche, et tout part. Ainsi prit feu mon coeur aux transports de celui qui m'aimait. A ce langage nouveau pour moi, je sentis un frémissement délicieux. Je prêtai une oreille attentive, mes avides regards ne laissaient rien échapper. La flamme humide qui sortait des yeux de mon amant pénétrait dans les miens jusqu'au fond de mon âme, y portait le trouble, le délire et la joie. La voix d'Edward avait un accent qui m'agitait, le sentiment me semblait peint dans chacun de ses gestes; tous ses traits animés par la passion, me la faisaient ressentir. Ainsi la première image de l'amour me fit aimer l'objet qui me l'avait offerte Extrême en tout, je fus aussi ardente à vivre du coeur que je l'avais été à vivre des sens. Edward avait une de ces âmes fortes qui entrainent les autres dans leur sphère. Je m'élevai à sa hauteur. Mon amour s'exalta: d'enthousiaste il devint sublime. La seule pensée du plaisir grossier me révoltait. Si l'ont m'eut forcée, je serais morte de rage. Cette barrière volontaire irritant l'amour des deux côtés, il en devint plus ardent par la contrainte. Edward succomba le premier. Fatigué d'un platonisme dont il ne pouvait deviner la cause, il n'eut plus assez de force pour combattre les sens. Il me surprit un jour endormie et me posséda…. Je m'éveillai au milieu des plus chaudes étreintes: éperdue, je mêlai mes transports aux transports que je causais; je fus trois fois au ciel, Edward fut trois fois dieu, mais quand il fut tombé, je le pris en horreur; ce n'était plus pour moi qu'un homme de chair et d'os, c'était un moine!…. Je m'échappai subitement de ses bras avec un rire affreux. Le prisme était brisé; un souffle impur avait éteint ce rayon d'amour, ce rayon des cieux qui ne brille qu'une fois en la vie; mon âme n'existait plus. Les sens surgirent seuls et je repris ma vie première.
F — Tu revins aux femmes?
G — Non! je voulus auparavant rompre avec les hommes. Pour n'avoir plus de désir ou de regret, j'épuisai tout le plaisir qu'ils peuvent nous donner. Par le moyen d'une célèbre entremetteuse, je fus exploitée tour-à-tour par les plus habiles, les plus vigoureux hercules de Florence. Il m'arriva dans une matinée, de fournir jusqu'à trente deux courses et de désirer encore. Six athlètes furent vaincus et abîmés. Un soir je fis mieux. J'étais avec trois de mes plus vaillans champions. Mes gestes et mes discours les mirent en si belle humeur, qu'il me vint une idée diabolique, pour la mettre à profit je priai le plus fort de se coucher à la renverse et tandis que je festoyais à loisir sur sa rude machine, je fus lestement gomorhisée par un second: ma bouche s'empara du troisième et lui causa un chatouillement si vif qu'il se demena en vrai démon et poussa les exclamations les plus passionnées Tous trois à la fois nous éclatames de plaisir en roidissant nos quatre membres. Quelle ardeur dans mon palais! quelle jouissance délicieuse au fond de mes entrailles!…. Conçois-tu cet excès? Aspirer par sa bouche toute une forme d'homme: d'une soif impatiente la boire, l'engloutir en flots d'écume chaude et âcre et sentir à la fois un double jet de feu vous traverser dans les deux sens et creuser votre chair…. C'est une jouissance triple, infinie qu'il n'est pas donné de décrire. Mes incomparables lutteurs eurent la généreuse vaillantise de la renouveler jusqu'à extinction de leurs forces.
Depuis, fatiguée, dégoutée des hommes, je n'ai plus compris d'autre désir, d'autre bonheur, que celui de s'entrelacer nue au corps frêle et tremblant d'une jeune fille timide, vierge encore, qu'on instruit, qu'on étonne, qu'on abîme de plaisir, qu'on assouvit de volupté…. Mais!…. Fanny qu'as-tu donc? que fais-tu?
F — Je suis dans un état affreux. J'éprouve des désirs horribles, monstrueux, Tout ce que tu as senti de plaisir ou de douleur, je voudrais le sentir aussi, de suite, à présent…. Tu ne pourras plus me satisfaire…. ma tête brûle…. elle tourne… Oh! j'ai peur de devenir folle. Voyons! que peux-tu? Je veux mourir d'excès, je veux jouir enfin!….. jouir!…. jouir!
G — Calme-toi, Fanny! calme-toi! tu m'épouvantes par tes regards. Je t'obéirai, je ferai tout;: que veux-tu?
Eh bien! que ta bouche me prenne, qu'elle m'aspire…. là! fais-moi rendre l'âme. Je veux te saisir après, te fouiller jusqu'aux entrailles et te faire crier…. Oh! cet âne! il me tourmente aussi. Je voudrais un membre énorme, dut-il me fendre et me créver.
G — Folle! folle! tu seras satisfaite. Ma bouche est habile et j'ai de plus apporté un instrument…. Tiens! regarde…. Il vaut bien l'action d'un âne.
F — Ah! quel monstre! donne vite, que je tente….. ai! ai!….. ouf! impossible! cela m'étouffe.
G — Tu ne sais pas le conduire. C'est mon affaire. Sois ferme seulement.