Pressées de jouir à leur tour, elles tentaient les efforts les plus fougueux. A force de bonds et d'élans, les groupes se heurtaient entr'eux et tombaient pêle mêle à terre, haletans, rendus, lassés d'orgie et de luxure; confusion grotesque de femmes nues, pamées, expirantes, entassées dans le plus ignoble désordre et que venait souvent éclairer les premiers feux du jour.

F — Quelles folies!

G — Elles ne se bornaient point là: elles variaient encore à l'infini. Privées d'hommes, nous n'en étions que plus ingénieuses à inventer des extravagances. Toutes les priapées, toutes les histoires obscènes de l'antiquité et des temps modernes nous étaient connues. Nous les avions dépassées. Elephantis et l'Arétin avaient moins d'imagination que nous. Il serait trop long de dire nos artifices, nos ruses, nos philtres merveilleux pour ranimer nos forces, éveiller nos désirs et les satisfaire. Tu pourras en juger par le traitement singulier qu'on faisait subir à l'une de nous pour aiguillonner sa chair. On la plongeait d'abord dans un bain de sang chaud pour rappeler sa vigueur. Après elle prenait une potion cantharidée, se couchait sur un lit et se laissait frictionner par tout le corps. A l'aide du magnétisme, on tachait de l'endormir. Sitôt que le sommeil l'avait gagnée, on l'exposait d'une manière avantageuse, on la fouettait jusqu'au sang, on la piquait de même. La patiente s'éveillait au milieu de son supplice. Elle se relevait égarée, nous regardait d'un air de folle et entrait aussitôt dans les plus violentes convulsions. Six personnes avaient peine à la comprimer. Il n'y avait que la léchement d'un chien qui put la calmer. Sa fureur s'épanchait à flots; mais si le soulagement n'arrivait pas, la malheureuse devenait plus terrible et demandait à grands cris un ane.

F — Un âne, misérable!

G — Oui, ma chère, un âne. Nous en avions deux bien dressés, bien dociles. Nous ne voulions le céder en rien aux dames Romaines qui s'en servaient dans leurs saturnales.

La première fois que je fus mise à l'épreuve, j'étais dans le délire du vin. Je me précipitai violemment sur la selette, défiant toutes les nonnes. L'âne fut à l'instant dressé devant moi, à l'aide d'une courroie. Son braquemarre terrible, échauffé par les mains des soeurs, battait lourdement sur mon flanc. Je le pris à deux mains, je le plaçai à l'orifice: et, après un chatouillement de quelques secondes, je cherchai à l'introduire. Mes mouvements aidant, ainsi que mes doigts et une pommade dilattante, je fus bientôt maîtresse de cinq pouces au moins. Je voulus pousser encore, mais je manquai de forces, je retombai. Il me semblait que ma peau se déchirait, que j'étais fendue, écartelée. C'était une douleur sourde, étouffante, à laquelle se mêlait pourtant une irritation chaleureuse, titillante et sensuelle. La bête remuant toujours produisait un frottement si vigoureux que toute ma charpente vertébrale était ébranlée. Mes canaux spermatiques s'ouvrirent et débondèrent. Ma Cyprine brûlante tressaillit un instant dans mes reins Oh! quelle jouissance! Je la sentais courir en jets de flamme et tomber goutte à goutte au fond de ma matrice. Tout en moi ruisselait d'amour. Je poussai un long cri d'énervement et je fus soulagée…. Dans mes élans lubriques j'avais gagné deux pouces; toutes les mesures étaient passées, mes compagnes étaient vaincues. Je touchais aux bourrelets, sans lesquels on se serait éventrée.

Epuisée, endolorie dans tous les membres, je croyais mes voluptés finies lorsque l'intraitable fléau se roidit de plus belle, me sonde, me travaille et me tient presque levée. Mes nerfs se gonflent, mes dents se serrent et grincent. Mes bras se tendent sur mes deux poings crispés. Tout-à-coup un jet violent s'échappe et m'inonde d'une pluie chaude et glueuse, si forte, si abondante, qu'elle semble regorger dans toutes mes veines et toucher jusqu'au coeur. Mes chairs lachées, détendues par ce baume exubérant, ne me laissent plus sentir que des félicités poignantes qui me piquent les os, la moelle, la cervelle et les nerfs, dissolvent mes jointures et me mettent en fusion brûlante…. torture délicieuse! intolérable volupté qui défait les liens de la vie et vous fait mourir avec ivresse.

F — Quels transports tu me causes, Gamiani. Bientôt je n'y tiens plus…. Enfin, comment es-tu sortie de ce couvent du diable?

G — Le voici: après une grande orgie, nous eumes l'idée de nous transformer en hommes, à l'aide d'un godemiché attaché, de nous embrocher de la sorte à la suite les unes des autres; et de courir ensuite comme des folles. Je formais le dernier anneau de la chaîne, j'étais la seule par conséquent qui chevaucha sans être chevauchée. Quelle fut ma surprise lorsque je me sentis vigoureusement assaillie par un homme nu qui s'était, je ne sais comment, introduit parmi nous. Au cri d'effroi qui m'échappa, toutes les nonnes se débandèrent et vinrent s'abattre incontinent sur le malheureux intrus: Chacune voulait finir en réalité un plaisir commencé par un fatigant simulacre. L'animal trop fêté fut bientôt épuisé. Il fallait voir son état de torpeur et d'abattement, son elytroïde flasque et pendant, toute sa virilité dans la plus négative démonstration. J'eus grande peine à ravitailler toutes ses miseres quand mon tour fut venu de goûter aussi de l'élixir prolifique. J'y parvins néanmoins. Couchée sur mon moribond, ma tête entre ses cuisses, je suçai si habilement messer Priape endormi qu'il s'éveilla rubicond, vivace à faire plaisir. Caressée moi-même par une langue agile, je sentis bientôt approcher un incroyable plaisir que j'achevai, en masseyant glorieusement et avec délices sur le sceptre que je venais de conquérir. Je donnai et je reçus un déluge de volupté.

Ce dernier excès acheva notre homme. Tout fut inutile pour le ranimer. Le croirais-tu? Dès que les nonnes comprirent que ce malheureux n'était plus bon à rien, elles décidèrent sans hésiter qu'il fallait le tuer et l'ensevelir dans une cave, de peur que ses indiscrétions ne vinssent à compromettre le couvent. Je combattis vainement ce parti criminel; en moins d'une seconde, une lampe fut détachée et la victime enlevée dans un noeud coulant. Je détournai la vue de cet horrible spectacle…. Mais voilà, à la grande surprise de ces furies, que la pendaison produit son effet ordinaire. Emerveillée de la démonstration nerveuse, la Supérieure monte sur un marchepied et, aux applaudissemens frénétiques de ses dignes complices, elle s'accouple dans l'air avec la mort et s'encheville à un cadavre. — Ce n'est pas la fin de l'histoire. Trop mince ou trop usée pour soutenir ce double poids, la corde cède et se rompt Mort et vivant tombent à terre et si rudement que la nonne en a les os rompus et que le pendu dont la strangulation s'était mal opérée revient à la vie et menace dans sa tension nerveuse d'étouffer la supérieure.