Revenu de cette émotion, je calculai froidement ce que javais à faire pour surprendre la Comtesse: il le fallait à tout prix.
Je me décidai à l'observer pendant la nuit, à me cacher dans sa chambre à coucher. La porte vitrée d'un cabinet de toilette faisait face au lit. Je compris tout l'avantage de cette position; et, me dérobant, à l'aide de quelques robes suspendues, je me résignai patiemment à attendre l'heure du Sabbat.
J'étais à peine blotti, que la Comtesse parut, appelant sa
Camériste, jeune fille au teint brun, aux formes accusées.
"Julie, je me passerai de vous ce soir. Couchez-vous…. ah! si vous entendiez du bruit dans ma chambre, ne vous dérangez pas, je veux être seule."
Ces paroles promettaient presque un Drame. Je m'applaudissais de mon audace.
Peu-à-peu, les voix du salon s'affaiblirent, la comtesse resta seule avec une de ses amies, Melle Fanny B***. Toutes deux se trouvèrent bientôt dans la chambre et devant mes yeux.
Fanny. Quel fâcheux contre-temps! la pluie tombe à torrents, et pas une voiture.
Gamiani. Je suis désolée comme vous; par malencontre ma voiture est chez le sellier.
"F. — Ma mère sera inquiète.
"G. — Soyez sans crainte, ma chère Fanny, votre mère est prévenue, elle sait que vous passez la nuit chez moi. Je vous donne l'hospitalité.