Jamais de ma propre main, mon ami, jamais; j'aimerais mieux mourir que d'attenter à mes jours.
CŒLIO.
Et n'est-ce pas un suicide comme un autre, que la vie que tu mènes?
OCTAVE.
Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisanes; toute une légion de monstres se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. Il continue sa course légère de l'orient à l'occident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne. Voilà ma vie, mon cher ami; c'est ma fidèle image que tu vois.
CŒLIO.
Que tu es heureux d'être fou!
OCTAVE.
Que tu es fou de ne pas être heureux! Dis-moi un peu, toi, qu'est-ce qui te manque?
CŒLIO.