ELSBETH.
Tu parais revenir volontiers sur de certains sujets. Dis-moi, bouffon, que t'ont donc fait ces pauvres jeunes filles, pour que tu en fasses si gaîment la satire? Le respect d'aucun devoir ne peut-il trouver grâce devant toi?
FANTASIO.
Je respecte fort la laideur; c'est pourquoi je me respecte moi-même si profondément.
ELSBETH.
Tu parais quelquefois en savoir plus que tu n'en dis. D'où viens-tu donc, et qui es-tu, pour que, depuis un jour que tu es ici, tu saches déjà pénétrer des mystères que les princes eux-mêmes ne soupçonneront jamais? Est-ce à moi que s'adressent tes folies, ou est-ce au hasard que tu parles?
FANTASIO.
C'est au hasard, je parle beaucoup au hasard: c'est mon plus cher confident.
ELSBETH.
Il semble en effet t'avoir appris ce que tu ne devrais pas connaître. Je croirais volontiers que tu épies mes actions et mes paroles.