Eh bien! je te les donne; mais prends la clef de mon jardin: le jour où tu t'ennuieras d'être poursuivi par tes créanciers, viens te cacher dans les bluets où je t'ai trouvé ce matin; aie soin de prendre ta perruque et ton habit bariolé; ne parais pas devant moi sans cette taille contrefaite et ces grelots d'argent; car c'est ainsi que tu m'as plu: tu redeviendras mon bouffon pour le temps qu'il te plaira de l'être, et puis tu iras à tes affaires. Maintenant tu peux t'en aller, la porte est ouverte.

LA GOUVERNANTE.

Est-il possible que le prince de Mantoue soit parti sans que je l'aie vu.

FIN DE FANTASIO.

L'année 1832 avait été attristée par deux fléaux, la guerre civile et le choléra. Pendant l'hiver suivant, la jeunesse parisienne se jeta dans les plaisirs avec une ardeur extraordinaire, comme il arrive souvent à la suite des grandes calamités publiques. C'est au souvenir des folies du carnaval que Fantasio a dû le jour. Alfred de Musset écrivit cette comédie vers la fin de 1833, peu de temps avant de partir pour l'Italie, dans un moment où il n'avait que des idées riantes, et même toutes les raisons du monde de se croire le plus heureux des hommes.

En 1851, lorsqu'il eut fait représenter les Caprices de Marianne, l'auteur eut quelque envie d'arranger aussi Fantasio pour la scène. Il y voulait introduire un élément nouveau, en donnant à entendre au spectateur que l'esprit et la gaieté de Fantasio produisaient une douce impression sur le cœur de la princesse. Dans cette intention, il pensait à transporter la jolie tirade sur le tableau du Coup de l'étrier dans une des conversations entre Fantasio et Elsbeth. La scène de la prison devenait un troisième acte, où la princesse mettait un peu d'insistance et de coquetterie à exiger de Fantasio la promesse qu'il reviendrait à la cour. On voyait ensuite arriver Spark, Hartman et Facio, résolus à prendre part, comme volontaires, à la guerre contre le prince de Mantoue. Fantasio refusait de les accompagner, et, après leur départ, il reprenait sa perruque et ses insignes de bouffon, pour aller se cacher dans le parterre où il avait rencontré la princesse.—Il est regrettable que l'auteur n'ait point donné suite à ce projet.


ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR

COMÉDIE EN TROIS ACTES