Qu'il en soit ce que vous voudrez; je n'ai rien à dire à cela.
Les courtisans sortent. Ulric et Rosemberg restent assis chacun de son côté.
ROSEMBERG, à part.
Le chevalier Uladislas m'a recommandé de ne jamais démordre d'une chose une fois dite. Depuis que je suis dans cette cour, les paroles de ce digne homme ne me sortent pas de la tête. Je ne sais ce qui se passe en moi, je me sens un cœur de lion. Ou je me trompe fort, ou je ferai fortune.
ULRIC, à part.
Avec quelle bonté la Reine m'a reçu! et cependant j'éprouve une tristesse que rien ne peut vaincre. Que fait à présent Barberine? Hélas! hélas! l'ambition!—N'étais-je pas bien dans ce vieux château? pauvre, sans doute, mais quoi? Ô folie! ô rêveurs que nous sommes!
ROSEMBERG, à part.
C'est surtout ce livre que j'ai acheté qui me bouleverse la cervelle; si je l'ouvre le soir en me couchant, je ne saurais dormir de toute la nuit. Que de récits étonnants, que de choses admirables! L'un taille en pièces une armée entière; l'autre saute, sans se blesser, du haut d'un clocher dans la mer Caspienne, et dire que tout cela est vrai, que tout cela est arrivé! Il y en a une surtout qui m'éblouit:
Il se lève et lit tout haut.
«Lorsque le sultan Boabdil...» Ah! voilà quelqu'un qui m'écoute; c'est ce gentilhomme bohémien. Il faut que je fasse ma paix avec lui. Lorsque je lui ai cherché querelle, je ne pensais plus qu'il a une jolie femme.