ROSEMBERG, seul; puis BARBERINE, dans la tourelle.
Voilà une étrange soubrette!... Quelle singulière idée a ce comte Ulric de faire garder sa femme par une espèce d'icoglan femelle! Il faut convenir que tout ce qui m'arrive a quelque chose de si bizarre que cela semble presque surnaturel... Allons, en tout cas, j'ai bien commencé. La suivante prend mes intérêts; quant à la maîtresse,... voyons! quel moyen emploierai-je ici? La ruse, la force, ou l'amour? La force, fi donc! Ce ne serait ni d'un gentilhomme, ni d'un loyal parieur. Pour l'amour, cela peut se tenter, mais c'est que cela est bien long, et je voudrais vaincre comme César... Ah! j'aperçois quelqu'un dans cette tourelle, c'est la comtesse elle-même, je la reconnais! Elle est à se coiffer,—je crois même qu'elle chante.
BARBERINE.
PREMIER COUPLET.
Beau chevalier qui partez pour la guerre, Qu'allez-vous faire Si loin d'ici? Voyez-vous pas que la nuit est profonde, Et que le monde N'est que souci?
ROSEMBERG.
Elle ne chante pas mal, mais il me semble que sa chanson exprime un regret; oui, quelque chose comme un souvenir. Hum! lorsque j'ai tenu ce pari, je crois que j'ai agi bien vite.—Il y a de certains moments où l'on ne peut répondre de soi; c'est comme un coup de vent qui s'engouffre dans votre manteau. Peste! il ne faut pas que je m'y trompe; il y va là pour moi de bon nombre d'écus! Voyons! emploierai-je la ruse?
BARBERINE.
SECOND COUPLET.
Vous qui croyez qu'une amour délaissée De la pensée S'enfuit ainsi; Hélas! hélas! chercheur de renommée, Votre fumée S'envole aussi.