MINUCCIO.
Promets-moi du moins...
PERILLO.
Ne crains rien. Je n'ai pas été maître d'un mouvement d'impatience; mais tout est fini, je suis calme.
Regardant ser Vespasiano qui se promène sur la scène.
Pourquoi en voudrais-je à cet inconnu, à cet automate ridicule que Dieu fait passer sur ma route? Celui-là ou tout autre, qu'importe? Je ne vois en lui que la Destinée, dont il est l'aveugle instrument; je crois même qu'il en devait être ainsi. Oui, c'est une chose très ordinaire. Quand un homme sincère et loyal est frappé dans ce qu'il a de plus cher, lorsqu'un malheur irréparable brise sa force et tue son espérance, lorsqu'il est maltraité, trahi, repoussé par tout ce qui l'entoure, presque toujours, remarque-le, presque toujours c'est un faquin qui lui donne le coup de grâce, et qui, par hasard, sans le savoir, rencontrant l'homme tombé à terre, marche sur le poignard qu'il a dans le cœur.
MINUCCIO.
Il faut que je te parle, viens avec moi; il faut que tu renonces à ce projet que tu as...
PERILLO.
Il est trop tard.