—Eh bien! ni moi non plus; mais ce sont les bourgeois qui me l’ont dit.

Ici un éclat de rire général l’interrompit.

—Ah! ah! est-il bête! disait l’un; il écoute ce que disent les bourgeois.

—Ah bien! si tu les écoutes bavarder, tu as du temps à perdre, reprenait un autre.

—Tu ne sais donc pas ce que disait ma mère, blanc-bec? reprenait gravement le plus vieux en baissant les yeux d’un air farouche et solennel pour se faire écouter.

—Et! comment veux-tu que je le sache, La Pipe? Ta mère doit être morte de vieillesse avant que mon grand-père fût au monde.

—Eh bien! blanc-bec, je vais te le dire. Tu sauras d’abord que ma mère était une respectable Bohémienne, aussi attachée au régiment des Carabins de la Roque que mon chien Canon que voilà; elle portait l’eau-de-vie à son cou, dans un baril, et la buvait mieux que le premier de chez nous; elle avait eu quatorze époux, tous militaires, et morts sur le champ de bataille.

—Voilà ce qui s’appelle une femme! interrompirent les soldats pleins de respect.

—Et jamais de sa vie elle ne parla à un bourgeois, si ce n’est pour lui dire en arrivant au logement: «Allume-moi une chandelle et fais chauffer ma soupe».

—Eh bien, qu’est-ce qu’elle te disait ta mère? dit Grand-Ferré.