—Si tu es pressé, tu ne le sauras pas, blanc-bec; elle disait habituellement dans sa conversation: Un soldat vaut bien mieux qu’un chien; mais un chien vaut mieux qu’un bourgeois.
—Bravo! bravo! c’est bien dit! crièrent les soldats pleins d’enthousiasme à ces belles paroles.
—Et ça n’empêche pas, dit Grand-Ferré, que les bourgeois qui m’ont dit que ça brûlait la langue avaient raison; d’ailleurs, ce n’était pas tout à fait des bourgeois, car ils avaient des épées, et ils étaient fâchés de ce qu’on brûlait un curé, et moi aussi.
—Et qu’est-ce que cela te faisait qu’on brûlât ton curé, grand innocent? reprit un sergent de bataille appuyé sur la fourche de son arquebuse; après lui un autre; tu aurais pu prendre à sa place un de nos généraux, qui sont tous curés à présent; moi, qui suis Royaliste, je le dis franchement.
—Taisez-vous donc! cria La Pipe: laissez parler cette fille. Ce sont tous ces chiens de Royalistes, qui viennent nous déranger quand nous nous amusons.
—Qu’est-ce que tu dis? reprit Grand-Ferré; sais-tu seulement ce que c’est que d’être Royaliste, toi?
—Oui, dit La Pipe, je vous connais bien tous, allez: vous êtes pour les anciens soi-disant Princes de la paix, avec les Croquants, contre le Cardinal et la gabelle; là! ai-je raison ou non?
—Eh bien, non, vieux Bas-rouge! un Royaliste est celui qui est pour un roi: voilà ce que c’est. Et comme mon père était valet des émérillons du Roi, je suis pour le Roi; voilà. Et je n’aime pas les Bas-rouges, c’est tout simple.
—Ah! tu m’appelles Bas-rouge! reprit le vieux soldat: tu m’en feras raison demain matin. Si tu avais fait la guerre dans la Valteline, tu ne parlerais pas comme ça; et si tu avais vu l’Eminence se promener sur la digue de la Rochelle, avec le vieux marquis de Spinola, pendant qu’on lui envoyait des volées de canon, tu ne dirais rien des Bas-rouges, entends-tu?
—Allons, amusons-nous au lieu de nous quereller, dirent les autres soldats.