—Pour vous prouver que vous n’avez fait que gagner à nos yeux, ajouta-t-il, nous vous nommons chevalier de nos ordres et nous vous donnons les grandes et petites entrées près de notre personne.

Le Cardinal lui serra affectueusement la main en passant, et le maréchal, étonné de ce déluge de faveurs, suivit le prince la tête baissée, comme un coupable, ayant besoin pour s’en consoler de se rappeler toutes les actions d’éclat qu’il avait faites durant sa carrière, et qui étaient demeurées dans l’oubli, leur attribuant mentalement ces récompenses non méritées pour se réconcilier avec sa conscience.

Le Roi était prêt à revenir sur ses pas, quand le duc de Beaufort, le nez au vent et l’air étonné, s’écria:

—Mais, Sire, ai-je encore du feu dans les yeux, ou suis-je devenu fou d’un coup de soleil? Il me semble que je vois sur ce bastion des cavaliers en habits rouges qui ressemblent furieusement à vos Chevau-légers que nous avons crus morts.

Le Cardinal fronça le sourcil.

—C’est impossible, monsieur, dit-il; l’imprudence de M. de Coislin a perdu les Gens d’armes de Sa Majesté et ces cavaliers; c’est pourquoi j’osais dire au Roi tout à l’heure que si l’on supprimait ces corps inutiles, il pourrait en résulter de grands avantages, militairement parlant.

—Pardieu, Votre Éminence me pardonnera, reprit le duc de Beaufort: mais je ne me trompe point, et en voici sept ou huit à pied qui poussent devant eux des prisonniers.

—Eh bien, allons donc visiter ce point, dit le Roi avec nonchalance; si j’y retrouve mon vieux Coislin, j’en serai bien aise.

Il fallut suivre.

Ce fut avec de grandes précautions que les chevaux du Roi et de sa suite passèrent à travers le marais et les débris, mais ce fut avec un grand étonnement qu’on aperçut en haut les deux Compagnies Rouges en bataille comme un jour de parade.