«Monsieur le marquis de Cinq-Mars,

«Je vous fais cette lettre pour vous conjurer et prier de rendre à ses devoirs notre bien-aimée fille adoptive et amie, la princesse Marie de Gonzague, que votre affection détourne seule du royaume de Pologne à elle offert. J’ai sondé son âme; elle est bien jeune encore, et j’ai lieu de croire qu’elle accepterait la couronne avec moins d’efforts et de douleur que vous ne le pensez peut-être.

«C’est pour elle que vous avez entrepris une guerre qui va mettre à feu et à sang mon beau et cher pays de France; je vous conjure et supplie d’agir en gentilhomme, et de délier noblement la duchesse de Mantoue des promesses qu’elle aura pu vous faire. Rendez ainsi le repos à son âme et la paix à notre cher pays.

«La Reine, qui se jette à vos pieds, s’il le faut.

«Anne.»

Cinq-Mars remit avec calme le pistolet sur la table; son premier mouvement avait fait tourner le canon contre lui-même; cependant il le remit, et, saisissant vite un crayon, il écrivit sur le revers de la même lettre:

«Madame,

«Marie de Gonzague étant ma femme, ne peut être reine de Pologne qu’après ma mort; je meurs.

«Cinq-Mars.»

Et comme s’il n’eût pas voulu se donner un instant de réflexion, la mettant de force dans la main du courrier: