—A cheval! à cheval! lui dit-il d’un ton furieux: si tu demeures un instant de plus, tu es mort.

Il le vit partir et rentra.

Seul avec son ami, il resta un instant debout mais pâle, mais l’œil fixe et regardant la terre comme un insensé. Il se sentit chanceler.

—De Thou! s’écria-t-il.

—Que voulez-vous, ami, cher ami? je suis près de vous. Vous venez d’être grand, bien grand! sublime!

—De Thou! cria-t-il encore d’une voix étouffée.

Et il tomba la face contre terre, comme tombe un arbre déraciné.

Les vastes tempêtes prennent différents aspects, selon les climats où elles passent; celles qui avaient une étendue terrible dans les pays du nord se rassemblent, dit-on, en un seul nuage sous la zone torride, d’autant plus redoutables qu’elles laissent à l’horizon toute sa pureté, et que les vagues en fureur réfléchissent encore l’azur du ciel en se teignant du sang de l’homme. Il en est de même des grandes passions: elles prennent d’étranges aspects, selon nos caractères; mais qu’elles sont terribles dans les cœurs vigoureux qui ont conservé leur force sous le voile des formes sociales! Quand la jeunesse et le désespoir viennent à se réunir, on ne peut dire à quelles fureurs ils se porteront, ou quelle sera leur résignation subite; on ne sait si le volcan va faire éclater la montagne, ou s’il s’éteindra tout à coup dans ses entrailles.

De Thou épouvanté releva son ami, le sang ruisselait par ses narines et ses oreilles; il l’aurait cru mort si des torrents de larmes n’eussent coulé de ses yeux; c’était le seul signe de sa vie: mais tout à coup il rouvrit ses paupières, regarda autour de lui, et, avec une force de tête extraordinaire, reprit toutes ses pensées et la puissance de sa volonté.

—Je suis en présence des hommes, dit-il, il faut en finir avec eux. Mon ami, il est onze heures et demie; l’heure du signal est passée; donnez pour moi l’ordre de rentrer dans les quartiers; c’était une fausse alerte que j’expliquerai ce soir même.