De Thou avait déjà senti l’importance de cet ordre: il sortit et revint sur-le-champ; il retrouva Cinq-Mars assis, calme, et cherchant à faire disparaître le sang de son visage.

—De Thou, dit-il en le regardant fixement, retirez-vous, vous me gênez.

—Je ne vous quitte pas, répondit celui-ci.

—Fuyez, vous dis-je, les Pyrénées ne sont pas loin. Je ne sais plus parler longtemps, même pour vous; mais si vous restez avec moi vous mourrez, je vous en avertis.

—Je reste, dit encore de Thou.

—Que Dieu vous préserve donc! reprit Cinq-Mars, car je n’y pourrai rien, ce moment passé. Je vous laisse ici. Appelez Fontrailles et tous les conjurés, distribuez-leur ces passeports, qu’ils s’enfuient sur-le-champ; dites-leur que tout est manqué et que je les remercie. Pour vous, encore une fois, partez avec eux, je vous le demande; mais, quoi que vous fassiez, sur votre vie, ne me suivez pas. Je vous jure de ne point me frapper moi-même.

A ces mots, serrant la main de son ami sans le regarder, il s’élança brusquement hors de sa tente.

Cependant à quelques lieues de là se tenaient d’autres discours. A Narbonne, dans le même cabinet où nous vîmes autrefois Richelieu régler avec Joseph les intérêts de l’État, étaient encore assis ces deux hommes, à peu près les mêmes; le ministre, cependant fort vieilli par trois ans de souffrances, et le capucin aussi effrayé du résultat de ses voyages que son maître était tranquille.

Le Cardinal, assis dans sa chaise longue et les jambes liées et entourées d’étoffes chaudes et fourrées, tenait sur ses genoux trois jeunes chats qui se roulaient et se culbutaient sur sa robe rouge; de temps en temps il en prenait un, et le plaçait sur les autres pour perpétuer leurs jeux; il riait en les regardant; sur ses pieds était couchée leur mère, comme un énorme manchon et une fourrure vivante.

Joseph, assis près de lui, renouvelait le récit de tout ce qu’il avait entendu dans le confessionnal; pâlissant encore du danger qu’il avait couru d’être découvert ou tué par Jacques, il finit par ces paroles: