Je ne vous ay jamais eu de l’obligation en toute ma vie qu’aujourd’huy qu’estant près de la quitter, je la pers avec moins de peyne parce que vous me l’avez rendue assés malheureuse; j’espère que celle de l’autre monde sera bien différente pour moy de celle-cy, et que j’y trouveray des félicités autant pardessus l’imagination des hommes qu’elles doivent estre dans leur espérance: la mienne, madame, n’est fondée que sur la bonté de Dieu et le mérite de la passion de son Filz, seule capable d’effacer mes péchez dont j’estois redevable à sa justice, et qui sont à un tel excez qu’il n’y a rien qui les surpasse que celuy de sa miséricorde. Je vous demande pardon de tout mon cœur, madame, de toutes les choses que j’ay faictes qui vous ont pu desplaire et fais la mesme prière à toutes les personnes que j’ay haïes à vostre occasion, vous protestant, madame, qu’autant que la fidélité que je doibs à mon Dieu me le doit permettre, je meurs trop asseurément, madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
De Thou.
De Lion ce 12e septembre 1642.
Quel reproche amer et quel mélancolique retour sur sa vie! Si cette femme était digne de lui, comment reçut-elle une telle lettre sans en mourir? Fut-elle jamais consolée de mériter un tel adieu?
La vie de madame la princesse de Guéménée ne permet guère de penser que ses rigueurs aient causé tant de tristesse et une douleur si profonde. Tallemant des Réaux dit, en plusieurs endroits, que M. de Thou était son amant. On dit, ajoute-t-il (t. I, p. 418), qu’il lui écrivit après avoir été condamné. C’est cette lettre qu’on vient de lire. Elle me semble écrite par un homme tel que le misanthrope de Molière, avec plus de pitié, et ces mots: toutes les personnes que j’ai haïes à votre occasion, ressemblent douloureusement à:
C’est que tout l’univers est bien reçu de vous.
Mais ne cherchons pas à devancer des peines que rien ne trahit, si ce n’est ce dernier soupir au pied de l’échafaud. Le souvenir de M. de Thou nous doit représenter une autre pensée et conduit à d’autres réflexions. Elles suivront la copie de ce traité avec l’Espagne qui fait la base du procès criminel.
Articles du traité fait entre le Comte-Duc pour le Roy d’Espagne et monsieur de Fontrailles pour et au nom de Monsieur, à Madrid, le 13 mars 1642, dont Monsieur fait mention dans sa déclaration du 7 juillet dudit an. Au tome 1er des Mémoires de Fontrailles.
Le sieur de Fontrailles aiant esté envoié par monseigneur le duc d’Orléans vers le Roy d’Espagne avec lettres de Son Altesse pour Sa Majesté Catholique et monseigneur le Comte-Duc de San-Lucar, datées de Paris, du 20 janvier, a proposé, en vertu du pouvoir à luy donné, que Son Altesse, désirant le bien général et particulier de la France, de voir la noblesse et le peuple de ce royaume délivré des oppressions qu’ils souffrent depuis longtemps par une si sanglante guerre, pour faire cesser la cause d’icelle, et pour establir une paix générale et raisonnable entre l’Empereur et les deux couronnes, au bénéfice de la chrestienté, prendroit volontiers les armes à cette fin si Sa Majesté Catholique y vouloit concourir de son costé avec les moyens possibles pour avancer leurs affaires. Et après avoir déclaré le particulier de sa commission en ce qui est des offres et demandes que font les seigneurs d’Orléans et ceux de son party, a esté accordé et conclu par ledit seigneur Comte-Duc pour Leurs Majestez Impériale et Catholique, et au nom de Son Altesse par ledit sieur de Fontrailles, les articles suivants:
1. Comme le principal but de ce traité est de faire une juste paix entre les deux couronnes d’Espagne et de France, pour leur bien commun et de toute la chrestienté, ont déclaré unanimement qu’on ne prétend en cecy aucune chose contre le Roy très-chrestien et au préjudice de ses Estats, ny contre les droits et authoritez de la Reine très-chrestienne et régnante; ainsi au contraire on aura soin de la maintenir en tout ce qui lui appartient.