—Les coquins! comme ils nous ont poursuivis! dit l’un d’eux; je n’en puis plus! sans vous j’étais pris.
—Et vous le serez encore, ainsi que ce damné papier, si vous perdez votre temps en paroles; voilà un second coup de feu sur le roc de Saint-Pierre-de-l’Aigle; ils nous croient partis par la côte du Limaçon; mais, en bas, ils s’apercevront du contraire. Descendez. C’est une ronde, sans doute, qui chasse les contrebandiers. Descendez!
—Eh! comment? je n’y vois pas.
—Descendez toujours, et prenez-moi le bras.
—Soutenez-moi; je glisse avec mes bottes, dit le premier voyageur, s’accrochant aux pointes du roc pour s’assurer de la solidité du terrain avant d’y poser le pied.
—Allez donc, allez donc! lui dit l’autre en le poussant; voilà un de ces drôles qui passe sur notre tête.
En effet, l’ombre d’un homme armé d’un long fusil se dessina sur la neige. Les deux aventuriers se tinrent immobiles. Il passa; ils continuèrent à descendre.
—Ils nous prendront! dit celui qui soutenait l’autre, nous sommes tournés. Donnez-moi votre diable de parchemin; je porte l’habit des contrebandiers, et je me ferai passer pour tel en cherchant asile chez eux; mais vous n’auriez pas de ressource avec votre habit galonné.
—Vous avez raison, dit son compagnon en s’arrêtant sur une pointe de roc.
Et, restant suspendu au milieu de la pente, il lui donna un rouleau de bois creux.