Je me souviens qu'un dimanche de la Pentecôte, le curé de St-Médard était en chaire; il lisait à ses ouailles la prose latine de ce jour-là: Dulcis hospes animæ..... (Seigneur, doux hôte de l'âme, etc.) Je regardais Louisette. Tout à coup je vis ses yeux se noyer de larmes. Elle ne comprenait pas, cependant, ou elle ne devait pas comprendre. Mais il y avait dans la voix du prêtre une telle onction, une telle ferveur, une telle tendresse, que la traduction du texte latin lui arrivait au cœur par des voies inconnues et sympathiques. Elle était chrétienne—sans avoir été baptisée, et je me souviens qu'elle s'écria: «Je voudrais être au Seigneur... et à toi!...»
Hélas! elle ne fut ni au Seigneur ni à moi!...
Nos amours ne durèrent pas longtemps. Deux ans à peine. Elles finirent bien tristement.
Un jour de vacances, je m'étais échappé, j'avais traversé la Bièvre sur une planche et j'étais entré dans le grand chantier par l'échancrure faite à son mur de ce côté-là.
Il était deux heures. Le soleil éclairait ce grand espace à ce moment désert.
Un cheval paissait,—grave et comme ennuyé, le licol traînant, la tête perdue sous les flots secoués de sa longue crinière.
Je le reconnus vite pour un vieil ami que je n'avais pas vu depuis quatre mois, pas plus que Louisette. C'était un vieux cheval de charrette qui avait eu des jours glorieux et qui traînait maintenant des mottes à brûler dans tous les quartiers de Paris. Une bête rustique, mais vaillante, qui avait perdu ses forces mais qui avait conservé sa mâle encolure et surtout son grand œil intelligent. On l'appelait l'Ami,—et jamais bête ne fut mieux appelée.
Je bondis vers lui, il leva la tête et accourut vers moi.
J'allais lui demander des nouvelles de Louisette,—et il allait m'en donner,—lorsque je la vis apparaître elle-même à l'extrémité du chantier.
Nous courûmes l'un vers l'autre, et pendant quelques instants nous restâmes embrassés et comme suffoqués par notre joie.