Louisette avait quatre mois de beauté de plus.

J'avais quatre mois d'amour de plus.

Nous n'étions—ni elle, ni moi—dans l'âge où l'amour est jugé dangereux par les grands et petits parents. Nous aurions pu aller tous deux au bois,

«Cueillir la violette,
Giroflée! girofla!...»

nous ne serions pas revenus trois.

Et pourtant c'est à cet âge-là que la passion est la plus dangereuse, en ce qu'elle pousse vigoureusement ses racines dans les cœurs bien disposés à la recevoir.

Mais les parents,—grands et petits,—ne savent pas cela, et ils laissent ensemble de longues heures, de longs mois, de courtes années, des enfants qui ne sont pas destinés à vivre ensemble et qui se souviendront toujours, quoi qu'on fasse, qu'ils avaient résolu de ne jamais se séparer...

Nos caresses enfantines données et reçues, rendues et reprises, on improvisa une promenade à cheval sur l'Ami.

L'animal me comprit et il s'avança vers nous avec un petit hennissement de satisfaction.

Je l'avais souvent monté à crû et, grâce à son allure pacifique et solennelle, je n'avais jamais fait de chutes. Cela m'encouragea à lui confier Louisette,—après avoir, au préalable, recouvert sa vieille échine de mon vieil habit de collégien, les boutons en dessous, bien entendu.