Et le bassin des gallinacés, des palmipèdes et des longirostres! Avez-vous vu quelquefois là un cormoran, qui,—perché sur une patte,—considère d'un air si mélancolique l'eau du bassin, veuve de poisson? Voilà dix ans que je le surprends,—à quelque heure que je vienne,—dans cette position de pêcheur! Voilà dix ans qu'il attend une anguille!

Ce cormoran est un de mes amis. Quand je passe de son côté et qu'il m'aperçoit, il quitte le bord du bassin, vient fourrer son long bec à travers les claires-voies du treillage, et se plante en face de moi, sur sa longue patte,—l'autre est soigneusement dissimulée sous son aile,—et il attend. Il attend même très-longtemps.

Pauvre cormoran!

VI

Le Jardin-des-Plantes a d'autres charmes encore à mes yeux. Il n'est point riche seulement en hôtes à deux ou quatre pattes,—en échantillons du règne animal; il est riche surtout en produits végétaux. Je crois qu'il a tous les arbres et toutes les plantes du globe,—hormis le baobab et l'upas,—comme il a tous les animaux des deux mondes,—excepté peut-être le rotifer de Charles Nodier.

C'est une immense bibliothèque d'histoire naturelle que ce jardin. On y peut lire,—pour peu qu'on ait de bons yeux,—tous les livres des Buffon, des Tournefort, des Daubenton, des Linné, des de Jussieu,—et surtout le livre du bon Dieu, le mieux écrit de tous, le plus clair et le plus savant, le plus vrai et le plus poétique.

Aussi le Jardin-des-Plantes a-t-il des coins toujours verts, et il ne présente pas,—dans la mauvaise saison,—ces squelettes d'arbres qu'on voit errer ailleurs durant l'hiver.

Aussi est-il toujours un admirable jardin, plein d'ombre et de soleil, de solitude et de gaieté,—propre aux jeux bruyants de l'enfance, comme aux rêveries silencieuses de la jeunesse et aux méditations sévères de l'âge mûr. On s'y recueille, on y joue, on y aime, on y rêve. La bonne d'enfant,—ornée de son inséparable pays en pantalon garance,—y coudoie l'étudiant,—le provincial y heurte le poëte, la foule y côtoie le désert.

Je ne le traverse jamais en vain. Je ne m'y arrête jamais impunément. Il me tombe,—du haut de ces arbres séculaires,—je ne sais quelle sensation étrange de bien-être; il s'exhale vers moi, de ces parterres en fleurs,—je ne sais quels parfums et quels sentiments qui m'enivrent et me transforment.