- CHIEN, s. m. Entrain, verve, originalité,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes; bagou, impertinence, désinvolture immorale,—dans l'argot des petites dames.
- CHIEN, s. m. Caprice de cœur,—dans l'argot des petites dames.
Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
- CHIEN, s. m. Compagnon,—dans l'argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
- CHIEN, s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant,—dans l'argot du peuple, qui se plaît à calomnier «l'ami de l'homme». C'est l'expression anglaise: Dog-bolt.
Vieux chien. Vieux farceur,—sly dog, disent nos voisins.
- CHIENDENT, s. m. Difficulté, obstacle, anicroche,—dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds-grass pousse dans le champ de la félicité humaine.
Voilà le chiendent. Voilà le hic.
- CHIEN DE RÉGIMENT, s. m. Caporal ou brigadier,—dans l'argot des soldats.
- CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m. Agent attaché au service du commissaire; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.
- CHIENLIT, s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu'au XVe siècle pour trouver—dans chéaulz, enfants, et lice, chienne—une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare—en français—date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours prononcé chie-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.
- CHIENLIT (A la)! Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval,—que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.
- CHIENNER, v. n. Se dit—dans l'énergique argot du peuple—des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.
- CHIENNERIE, s. f. Vilenie, liarderie; mauvais tour,—dans le même argot.
- CHIER DANS LA MALLE OU DANS LE PANIER DE QUELQU'UN, v. n. Lui jouer un tour qu'il ne pardonnera jamais,—dans le même argot.
Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu'un: Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse.