- MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu'un.
- MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.
- MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères et de toutes les humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par les hommes et dédaignés même des chiens.
Cette expression—de l'argot des faubouriens—est horrible, non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.
- MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le bonheur.
Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.
- MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.
- MANGER DU BœUF, v. a. Être pauvre,—dans l'argot des ouvriers, qui savent combien l'ordinaire finit par être fade et misérable.
- MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la peine à se débarbouiller de ses soucis.
On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:
«Le duc de Parme déménage;
Plus d'hôtel, plus de courtisan!
Monseigneur mange du fromage,
Mais ce n'est plus du parmesan...»