- MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,—dans l'argot des habitués d'estaminet.
Ils disent aussi Manger du drap.
- MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats impunis,—dans l'argot du peuple.
- MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,—dans l'argot des coiffeurs. Trimer,—dans l'argot du peuple.
- MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,—dans l'argot des comédiens.
- MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse reprocher,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit: C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, cela signifie: Je n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.
- MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.
- MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.
- MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,—dans l'argot des faubouriens.
- MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas rapporter intégralement l'argent qu'ils ont donné,—dans l'argot des souteneurs qui disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.
- MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses complices,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Casser le morceau.
- MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une affaire,—dans l'argot du peuple.
- MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,—dans l'argot des troupiers.
- MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,—dans l'argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.
Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs «engueulements»,—qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,—s'il leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils se contentent de se moucher.
- MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,—dans l'argot du peuple, qui veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se soucier autrement de le gagner.
- MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,—dans l'argot des ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.
- MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en colère,—dans l'argot des bourgeois.
- MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,—dans l'argot des faubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la bouche pleine.
- MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir travaillé. Cette expression,—de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.
- MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Manger sur quelqu'un.
- MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.
- MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,—dans l'argot des typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand de vin en revenant du cimetière.
- MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,—dans l'argot du peuple.
- MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des faubouriens.
- MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l'église que le cabaret. Argot du peuple.
- MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.
- MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l'argent.
- MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.
- MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.
L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.