Un échantillon de ce systèmede coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt un loustic ajoute d'enfant, puis un autre ticide, puis d'autres de Normandie,—t-on—taine—ton ton—mariné—en trompette—tition—au Sénat—eur de sanglier—par la patte—hologie—berne—en Suisse—esse—vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,—infanticide,—cidre de Normandie,—dit-on,—ton taine ton ton,—thon mariné,—nez en trompette,—pétition au Sénat,—hure de sanglier, etc.
- QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
- QUIBUS, s. m. Argent,—dans l'argot du peuple.
- QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.
- Quignon, s. m. Gros morceau de pain.
- QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
- QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,—par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.
- QUILLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.
- QUIMPER, v. n. Tomber,—dans l'argot des voleurs.
- QUIMPER LA LANCE, v. a. Meiere. Même argot.
- QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,—dans l'argot des faubouriens.
Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés.
Allumer ses quinquets. Regarder avec attention.
Éteindre les quinquets. Crever les yeux.
Avoir quinte-et-quatorze. N'avoir pas su écarter la dame de cœur,—ou plutôt la dame de pique.
- QUINTETTE, s. m. Le cinq,—dans l'argot des joueurs de dominos.
- QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
- QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,—dans l'argot du peuple.
- QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,—dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».
- QUI-VA-LA, s. m. Passeport,—dans l'argot des faubouriens.
- QUI-VA-VITE, s. f. Ventris fluxus, courante,—dans l'argot des bourgeois.
- QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,—dans l'argot du peuple.
- QUOQUANTE, s. f. Armoire,—dans l'argot des voleurs.
- QUOQUARD, s. m. Arbre,—dans le même argot.
- QUOQUERET, s. m. Rideau—dans le même argot.
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- RABACHAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,—dans l'argot des gens de lettres.
- RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
- RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.
- RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,—dans l'argot du peuple.