- CHAIREZ! Hardi! Courage! Cette interjection se trouve dans l'ouvrage d'Alph. Humbert intitulé: Mon bagne.
- CHALEUR! Exclamation qui sert à marquer la surprise, le mépris, l'intention de ne pas faire telle ou telle chose. S'emploie toujours ironiquement; elle est synonyme de Maladie! ou de ça ne serait pas à faire! «Dans le Casino susdit, on jouerait le baccarat et les dames seraient admises! Oh! chaleur!» (Le Joueur, 1881.)
- CHAMBARD. Bruit, tapage, «Il est de tradition à l'Ecole (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C'est ce qu'on appelle faire le chambard.» (Temps, 1881.)
- CHAMBARDEMENT. Renversement, bris.
«Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je hais...»
(Événement, 1881.)
- CHAMBARDER. Faire du bruit, du chambard. «Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l'Ecole (Polytechnique), comme vous en avez l'habitude...» (XIXe Siècle, 1881.)
On dit familièrement en Bretagne chambarder pour: remuer, bousculer quelqu'un ou quelque chose. (V. Delvau: Chambarder.)
- CHAMBRER. Perdre, voler. Argot des grecs.
- CHAMP. Argot de sport. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)
- CHAMPS. Champs-Elysées. Argot des filles, des souteneurs et de toute la population interlope qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.
- CHAND, CHANDE. Marchand, marchande.
- CHANDELLE (Faire une). Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu'elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.
- CHANDELLE (Faire fondre une). Boire une bouteille de vin. «La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d'aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du père Grandesomme.» (Réveil, 1882.)
- CHANDELIER. Souteneur de filles. «Dans l'argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.» (Figaro, janvier 1886. V. Infra: Relever le chandelier.)
- CHANOINE. Récidiviste des maisons centrales.
- CHAPEAU. Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux. «Ce ne sont pas des chapeaux que j'ai laissés à mon siège d'administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.» (Journal officiel belge, mars 1874, cité par Littré.) Cet emploi vient de l'habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.
- CHAPELLE. Coterie.
- CHARGER. Verser du vin, remplir un verre de liquide. «Charge-moi vite une gobette de champoreau.» Traduction: Sers-moi un verre de café additionné d'eau-de-vie. (Réveil, 1882.)
- CHARRETÉE. (En avoir une). Être complètement ivre.
- CHARRIER. Chercher à savoir.
- CHARRIEUR, adj. Curieux.—Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs. «Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.» (Henri IV, 1881.)
- CHARTREUSE DE VIDANGEUR. Demi-setier de vin rouge.
- CHASSELAS. Vin. «Je prendrais bien quelque chose de chaud. Est-ce qu'il y a du chasselas sur le feu, madame Antoine?» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CHASSEUR. Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.
- CHATEAU. Abrév. de Châteaubriand. (V. Delvau.)
- CHATON. Petit chat. Individu charmant. (Richepin.)
- CHATOUILLAGE AU ROUPILLON. Vol au poivrier.
- CHATTE. Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s'adressent les enfants des rues.
- CHAUFFER UN ÉLÈVE. Lui appliquer des moyens d'instruction qui hâtent ses connaissances aux dépens du développement total. (Littré.) «Il ne réussit qu'après avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur qui lui mâchait ses devoirs.» (Pellerin: Le roman d'un blasé.)
- CHEF DE CALOTTE. «Dans les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble...» (H. Malot: Le lieutenant Bonnet.)
- CHEMISE RONDE. Argot des troupiers qui désignent ainsi le civil, l'individu qui n'est pas soldat. Engager dans les chemises rondes, ne pas s'engager ou se réengager, rester dans la vie civile.
- CHEVAL DE CORBILLARD (Faire son). Faire le malin, poser.
- CHEVALIER DU BIDET. Souteneur.
- CHEVEU. Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche: «Majesté, votre sire est bien bonne!»—Travail difficile, ennuyeux.—Voilà le cheveu; voilà la difficulté.
- CHEVEUX (Se faire des). S'inquiéter, se tourmenter.
- CHIBIS! Attention!
- CHIEN (Faire le). Dans l'argot des cordons bleus, c'est suivre Madame au marché avec un panier dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l'anse. «Une cuisinière à une de ses amies: Du moment qu'on ne fait pas le chien, la maison me va!» (Figaro, 1882.)
- CHIER. Mot élégant qu'emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J'ai chié, je n'ai pas attrapé la bille.
- CHIER DANS LA VANETTE. Argot militaire. Être sans gêne.
- CHIFFONNAGE. Le contenu de la hotte du chiffonnier. «On trouva une quantité étonnante de chiffonnage dans les trois hottes.» (Clairon, 1881.)
- CHINAGE. Action de faire la chine.—Plaisanterie.
- CHINE. Sorte de vol.
- CHINER. Travailler. (Richepin.)—Plaisanter.
- CHIOTTES. Cabinets d'aisances.
- CHIPOTER. Être regardant, liarder. «Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des consommations.» (Frondeur, 1880.)
- CHIQUE (Coller sa). Argot des enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de saute-mouton. Colle ta chique et fais le mort.
- CHOCOLAT. Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau. «Ils (les bonneteurs) s'associent à trois: celui qui fait le chocolat et qui est chargé de commencer la partie, de l'allumer en jouant; l'enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur, qui monte lorsqu'il n'y a plus qu'une place et qui doit tenir les trois cartes.» (Temps, 1886.)
- CHOLÉRA. Débris de fromages. Argot du peuple.
—Que désire monsieur?
«—Deux sous de choléra, s'il vous plaît!
«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux.
«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.» (Figaro, oct. 1886.)
- CHOUTER. Caresser. (Richepin.)
- CIBOULOT. Tête. Argot du peuple.
- CINQ A SEPT. Argot des gens mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant le dîner, de cinq à sept heures du soir. «Madame du Deffand qui fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des cinq à sept. (Gaulois, 1882.)
- CINTIÈME. Casquette à ponts. (Richepin.)
- CIRAGE. Eloge; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.
- CIRER. Faire un éloge outré de quelqu'un ou de quelque chose.
- CITADELLE (Grande). Gardien-chef dans une prison. Argot des malfaiteurs. «Il paraît que, dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien chef.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
- CITROUILLE. Argot militaire. Cavalier-dragon.
- CLAQUE. Claque-dents. Restaurant de bas étage.
- CLAQUE-PATIN. Individu dont la savate claque contre le talon. (Richepin.)
- CLEF (Perdre sa). Avoir la colique.
- CLEPTOMANIE, «On imagina le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l'état de ces voleuses maladives.» (Giffard: Les grands bazars.)
- CLICHÉ (Tirer son). Argot des typographes. «Quand un compositeur fait une réplique ou un propos toujours le même, on dit: c'est un cliché. Tirer son cliché est synonyme d'avoir toujours la même raison à objecter, dire constamment la même chose.» (Typologie-Tucker, juin, 1886.)
- CLIGNOT. Œil. Baver des clignots. Pleurer.
- CLIQUE. Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon.—Musique militaire.
- CLIQUETTE. Oreille.
- COCASSE. Drôle, amusant.
- COCOTER. Faire la cocote, la fille galante.
- COL-DE-ZING. Qualificatif qu'avaient reçu il y a deux ans les jeunes élégants. Le mot n'a pas vécu. «Gaston de Chauvigné, un de nos cols-de-zing les plus affirmés...» (Charivari, avril 1887.)
- COLLER UNE DOUCE (Se). Se masturber. Rigaud dit: Se coller un rassis.
- COLLETINER. A aussi, dans le peuple, le sens plus étendu de porter un fardeau quelconque.
- COLON (Petit). Argot militaire. Abréviation de lieutenant-colonel.
- COLTINEUR, EUSE. Fainéant, mauvais ouvrier. «C'est sûrement pas pour des coltineuses de votre espèce qu'on ferait des sacrifices!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CON. Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu'il emploie à propos de tout et à propos de rien.
- CONDÉ. Influence. «Ils avaient accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de condé (influence). (Humbert: Mon bagne.)
- CONFORTABLE. Verre de bière.
- CONNAÎTRE DANS LES COINS (La). C'est la variante de l'expression citée par Delvau: Connaître le numéro.
- CONSCRAR. Elève de première année à l'Ecole Polytechnique. «C'est la première chose que les anciens apprennent aux conscrars lorsqu'ils arrivent à l'école.» (Gil Blas, 1882. V. Delvau: Conscrit.)
- CONSCRIT. Normalien de première année.
- CONSOLATION. Jeu de hasard à l'usage des filous. «Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu'au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.» (La Loi, 1882).
- CONSULTER LAROUSSE, ou, pour parler plus clairement: consulter le Dictionnaire rédigé par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s'en vont tout droit... à la plus proche brasserie desservie par des femmes. «Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries) sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire Larousse. Aujourd'hui, ces deux mots: Consulter Larousse ont, dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n'ai pas besoin d'insister.» (La Ligue, juillet 1885.)
- CONTER QUELQUE CHOSE AU PERRUQUIER DES ZOUAVES. Argot militaire. Ne pas croire à cette chose.
- COPURCHIC. Elégant, homme qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation, vient de «pur» et de «chic», le premier indiquant la perfection absolue du second. La syllabe co ne vient là que pour l'euphonie. «Le copurchic ne parle plus argot; il se contente de parler doucement, lentement...» (Figaro, 1886.) «Le petit vicomte de X, un de nos plus sémillants copurchics...» (Gil Blas, juillet 1886.)