- GAFF. Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.
- GAFFER. Commettre des fautes, des sottises.
- GAFFEUR, EUSE. Du verbe argotique gaffer, commettre des impairs. «J'en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (Charivari, avril 1887.)
- GAFFIER. Synonyme de l'argot gaffeur. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.» (Bataille, nov. 1885.) Gaffeur est beaucoup plus usité.
- GAFILLER. Ecouter attentivement; prêter attention à... Argot des rôdeurs.
- GALETTE. Petit pain rond et plat qu'on sert dans certains restaurants.
- GALOPIN. Petit verre de bière.
- GALUPE. Femme, fille de mauvaise vie.
«Les galup's qu'a des ducatons
Nous rincent la dent.»
(Richepin.)
- GALUPIER. Qui entretient des galupes. (Richepin.)
- GAMAHUTER. Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu gamahuter dans les bureaux du Cri du Peuple et il a été acquitté.» (Cri du Peuple, avril 1885.)
- GAMBETTE. Jambe. Jouer des gambettes, fuir.
- GAMBIER. Pipe en terre. Du nom du fabricant.
- GAMELLE (Ramasser une). Argot militaire. Tomber.
- GANDIN. Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière: Sans métier.)
- GANTIÈRE. «En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.» (Voltaire.)
- GARGAROUSSE. Gosier. (Richepin.)
- GATEAU. Séquence. Argot des joueurs. V. infra: séquence.
- GATEZAR. Elève de l'Ecole des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption de Gars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.
- GAVE. Estomac. (Richepin.)
- GÉNÉ. Général. Argot de l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais le colo, le général, mais le géné... (Gil Blas, juin 1882.)
- GIBERNEUR. «On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles.» (Journal des Débats, déc. 1882.)
Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.
- GLU. Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l'Ambigu. La Glu, c'est l'ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse d'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames des Glus. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu... Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille un peu calembourg avec les grues. Bis in idem. Cela a l'avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.» (Monde illustré, 1883.)
- GNIASSE (Mon). Je, moi, me. (Richepin.)
- GNIOLE. V. Delvau. Gnon.
- GONDOLE. «Gondole est passé dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité récuse et dont la mode ne veut plus.—Non, trop gondole! a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (Evénement, mai 1887.)
- GONDOLER (Se). C'est, dans l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière: rire à se tordre.
- GOSSINET. Petit enfant dans le langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera, c' t' enfant.» (Petite République française, février 1887.)
- GOUPILLONNARD. Clérical, religieux. «Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.» (République anti-cléricale, août 1882.)
- GOURDE. Niais, imbécile.
- GRAND SINGE. Président de la République.
- GRAS. Latrines. (Richepin.)
- GRATE. Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.
- GRATIN. Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères—non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage—appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c'est le gratin du gratin.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey: Le Billet rouge.)
De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro, mars 1884.)
- GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE. Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (Gil Blas, octobre 1885.)
- GRECQUER. Tricher au jeu. Se faire grecquer, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.» (Gil Blas, juillet 1884.)
- GRÈVE. Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécration du Dictionnaire de l'Académie et ne se trouve pas davantage dans le Dictionnaire de Littré. C'est d'ailleurs moins un terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en témoignent les Ordonnances de Police. «Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (Rappel, octobre 1884.)
- GRILLANTE. Cigarette. Argot du peuple.
- GRILLER (Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
- GRIMACE. Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.
- GRIPPART. Chat. (Richepin.)
- GROS CUL. Chiffonnier aisé.
- GRUBLER. Grogner. (Richepin.)
- GUEULARD. Argot du peuple, de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin...» (Français, nov. 1884.)
- GUIGNOL. Gendarme. Argot des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)... Petit Journal, mai 1886.
- GUINDER LES PORTES. Argot théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes dites fils de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.