La Pompe, c'est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»
(Nos farces à Saumur.)
- POMPIER. Membre de l'Institut de France. «Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au feu! Voilà un pompier.» (J. Claretie: Le Million.)
- POMPIER. Dans l'argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.
- POMPIER (Faire). Cette expression s'applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l'inspiration originale et à l'étude de la nature. C'est ainsi qu'on peut être nouveau et moderne dans l'interprétation d'un sujet emprunté à l'Iliade et qu'on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s'est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880.)
- PONT (Faire le). Cette expression est surtout usitée chez les employés d'administration. Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont.
- PORTE-CRÈME. Vidangeur.
- PORTEUR DE CAMOUFLE. Souteneur.
- POSE (Être à la). Afficher de grandes manières, des prétentions de grand seigneur. «Elle est bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la pose du tout.» (Vie parisienne, 1882.)
- POSER UN RAMOLL. Argot des voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur laquelle il est inutile d'insister. Cette expression, véritablement imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps les disciples d'Onan.
- POTEAU. Chef de bande,—dans l'argot des voleurs.
- POTIRON. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de l'Ecole.
«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)
Pouce! Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi trèfle, par corruption de trêve.
- POULAINE. Cabinets d'aisance. Argot du bagne. «On s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l'eau nécessaire à ces ablutions.» (Humbert: Mon bagne.)
- POUR CHIQUER! Allons donc! Plaisanterie! Argot du bagne.
- POURLICHE. Pourboire. Jargon du peuple.
- POUSSER LA GOUALANTE. Chanter. (V. Delvau: Goualer.)
- POUSSER DANS LE CORNET, L'ESCARCELLE, LE FUSIL (S'en). Boire, manger. (V. Delvau: S'en pousser dans le battant.)
- POUSSER UNE BLAGUE. Fumer une pipe. Argot de l'Ecole Polytechnique.
- POUSSIÈRE (Faire de la). Faire des embarras.
- POUVOIR SIFFLER. Ne pas obtenir ce qu'on demande; se passer de quelque chose.
- PRÉFECTANCE. Préfecture de police. «Sans doute, tant qu'il y aura une préfectance et un préfet de police, on cognera...» (J. Vallès.) Delvau donne Préfectanche.
- PREMIER, ÈRE. De qualité supérieure. «Puis ils inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et proposèrent aux dîneurs une douzaine, une chablis première, au lieu de dire: une douzaine d'huîtres, du vin de Chablis, première qualité.» (G. Claudin.)
- PRENDRE. Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10 louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai 10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.
- PRENDRE QUELQUE CHOSE A LA BLAGUE. S'en moquer; la tourner en ridicule. «C'est dans le pauvre peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout d'abord à la blague.» (F. Sarcey.)
- PRENDRE SES DRAPS. Prendre le chemin de la salle de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr. «Le bazof court le long des lits secouant de la phrase sacramentelle: Prenez vos draps, les malheureux qui n'ont pas eu le temps de rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- PRIME. Premier. Argot des enfants.
- PRINCESSE. Nom que donnent les employés de l'Etat à l'administration à laquelle ils appartiennent. «Un employé du ministère, qui fait une course pour le service du ministère et qui profite de la voiture pour faire une visite pour son propre compte, peut passer pour avoir malversé des fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse (c'est comme cela qu'on dit dans les administrations) 2 fr. 25 de fiacre.» (XIXe Siècle, avril 1887.)
On dit aussi Joséphine.
- PROCHAINE (La). La prochaine Commune. Argot des partisans de la Révolution sociale qui désignent ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis 1871.
- PROLO. Prolétaire, ouvrier. «M. Jules Ferry, qui est un riche bourgeois, confie aux gendarmes la garde de sa caisse et la surveillance des prolos.» (Journal de l'Instruction publique 1882.)
- PSCHUTT. «Le chic est mort, vive le pschutt.»