(Chanson, 1884.)
- RATISSÉ. Gandin, fashionable. Ç'a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux. «Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi les ratissés? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le rateau du croupier? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d'un jardin bien entretenu?
«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)
- RAVINE. Plaie. Cicatrice. «Est-elle bête de suivre un homme qui la bat! C'est moi qui le ficherais en plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- RÉCENT (Avoir l'air). Marcher droit, avoir l'air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux; v'là qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air récent.» (Monde plaisant, 1880.)
- RÉFEC. Réfectoire. Argot de Polytechnique.
- RELANCEUR DE PLEINS. Variété de grec. «Plus nombreux encore ceux qui n'ont jamais soupçonné l'existence du relanceur de pleins.» (Henri IV, 1881.)
- RELEVER LE CHANDELIER. Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d'une fille.
- RELEVEUR DE FUMEUSE. Souteneur.
- REMUER LA CASSEROLE. Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.
- RENACLE. Police de sûreté.
- RENDU. «Petit ou gros, cher ou bon marché, l'objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent... Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus.» (Giffard: Les grands bazars.)
- RENIFLETTE. La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.
- RENIQUER. Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.
- RENIFLER. Aspirer, prendre l'eau. «La plus jeune avait... des bottines qui renifflaient l'eau.» (Goncourt: La Faustin.)
- RENOUVELLEMENT. Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une «consommation» gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles consommations vous les payez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations oui prennent le nom de renouvellement.—«Au dedans, la salle était comble... les garçons ne savaient où donner de la tête; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les comptoirs...» (Gaulois, 1882.)
- RÉPARER. Argot des collèges et pensions. Réparer, c'est apprendre à nouveau une leçon qui n'est pas suffisamment sue.
- REPOSOIR. Hôtel garni. Argot des voyous. «Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!» Henri IV, 1882.)
- REPOUSSER DU GOULOT. V. Delvau: Repousser du tiroir.
- RESPECTER SES FLEURS. Garder sa virginité. «Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à la fin du monde...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- REQUINQUAGE. Mise, accoutrement ridicule. «Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n'avait rien à voir avec la dernière mode.» (Barot: Le fort de la halle.)
- RESSORTS. Parties génitales de la femme.
- RETAPER LE DOMINO (Se faire). Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du bec.
- REVERS (Faire un). Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.
- REVOLVER A DEUX COUPS. Arc rot des voyous. Le membre viril.
- REVOYURE (A la). Expression parisienne synonyme de: Au revoir. «Les opinions sont libres... Comme tu voudras... adieu... à la revoyure.» (Job: L'homme à Toinon.)
- REZ-DE-CHAUSSÉE (Petit). «On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les élégants et les gommeux du moment.» (Illustration, juillet 1887.)
- RICHE (Être bien). Se griser.
- RIGADE. Soulier.
- RIGOLADE (Être à la). S'amuser. «Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas assez à l'étude.» (Réveil du Père Duchêne,1881.)
- RIGOLO. Revolver. Argot du peuple. «Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d'un bâton pour les repousser. A ce moment, l'un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé): Prends ton rigolo.» (Le Droit, avril 1886.)
- RINCER L'œIL (Se). Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu'un. «Depuis notre arrivée, vous n'avez cessé de vous rincer l'œil de toutes ces créatures éhontées...» (Chavette.)
- RINCLEUX. Avare. Terme d'atelier.
- ROGNURE. «Quand le concours (du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève a fini d'envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l'instant pénible et douloureux de la délibération.» (Figaro, juillet 1884.)
- ROND DE CUIR. Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S'endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.
- RONDE DES GUEUX. «La police, en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage circulaire qu'accomplissent autour de la capitale, en bande organisée, les sans-logis de la banlieue.» (National, janvier 1888.)
- RONDIER. Surveillant. Il fait des rondes. Argot du bagne.
- RONGEUR. Voiture de place prise à l'heure.
- ROSSIGNOLISER. Vendre des objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.
- ROUEN (Faire un). Argot des commis de nouveauté. Id est faire l'article à un client qui part sans acheter; le Rouen c'est le client. «Ça paraît vouloir s'allumer un peu, dit Hutin à Favier; je n'ai pas de chance, il va des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un Rouen; cette tuile ne m'a rien acheté.» (Zola: Au bonheur des Dames.)
- ROUFLAQUETTE. Souteneur de bas étage.
- ROULANTE. Fille publique. On dit plus communément rouleuse.
- ROULER LA BROUETTE A BIRIBI. Être envoyé dans un régiment de discipline. Argot de caserne. «Il amassa un nombre incalculable de jours de consigne et de salle de police, et vint enfin, comme disent les troupiers, rouler la brouette à biribi, c'est-à-dire qu'il fut envoyé aux compagnies de discipline.» (Triboulet, mars 1884.)
- ROULIER. V. Delvau. Roulottier.
- ROUPION. Commis de nouveautés. Il tient le milieu entre le commis vendeur et le bistot.
- ROUPILLON. V. Delvau. Roupilleur.
- ROUPIOU. Dans les hôpitaux de Paris, étudiant en médecine qui remplace bénévolement un externe dans son service.
- ROUSTONS. Le scrotum.
- ROUTIÈRE. Prostituée qui exerce son métier sur les grandes routes.
S
- SAC (En avoir son). Ne plus pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose. «Entre nous, le mari d'Emma! j'en ai mon sac!» (Cadol: La colonie étrangère.)
- SAC A CHARBON. Prêtre,—dans l'argot des voyous. «Le prêtre qui tout à l'heure leur a fait entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique, ils le rencontrent; du coin d'un carrefour, ils crieront: couac, l'appelleront corbeau ou, d'un mot plus à la mode en ce moment: sac à charbon.» (Figaro, août 1884.)
- SACHET. Bas, chaussette.
- SALBINET. Argot de l'Ecole Polytechnique. «Salbinet!» crie un tambour, en ouvrant la porte d'une salle où travaillent une dizaine d'élèves. Cela veut dire: Le capitaine prie le sergent de la salle de passer au cabinet du chef de service pour y entendre une communication du commandant de l'école et la transmettre à ses camarades.
- SALÉ. Mordant, violent. «Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.» (Armand Silvestre.)
- SALER (Se faire). Contracter une maladie vénérienne.
- SALIR LE NEZ (Se). Se griser.
- SALOPER. Argot des élèves de l'école des Beaux-Arts. «La seule chose qui soit interdite, c'est de saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c'est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l'école) met son nom au bas d'un avis dans lequel on lit: Il est formellement interdit de saloper avant tel jour. Qu'est-ce donc que saloper? C'est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son appréciation sur l'œuvre du voisin.» (Liberté, août 1883.)
- SANDWICH. Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l'une sur la poitrine et l'autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n'étaient haves et déguenillés et ne rappelaient qu'approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu'aimait si fort le comte Sandwich. «On s'amusa d'abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.» (Dix-neuvième siècle, décembre 1886.)
- SANG DE BœUF. Saladier de vin chaud. Argot du peuple. «Assise à une table graisseuse, vis-à-vis d'un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums grossiers d'un saladier de vin chaud, d'un sang de bœuf, comme cela s'appelle là-bas.» (Evénement, septembre 1885.)
- SANSONNET. Gendarme. Argot des rôdeurs de barrière.
- SANTARELLE (Faire une). Argot des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que possible afin de pouvoir jeter un coup d'œil en dessous, ce qui permet de les voir et de jouer en conséquence.
- SATISFAIRE (Se). Aller à la selle.—Copulare. «Sa faim charnelle lui permettait d'accepter les rebuts de l'amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou, et par conséquent sans espoir de se satisfaire...» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- SAUMURIEN. Elève de l'Ecole de Saumur. «Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro, l'Union et la Gazette de France.» (Nos farces à Saumur.)
- SAUVETTE. Argent.
- SAVONNER. Argot de chanteurs. Faire des ports de voix. «Mademoiselle S... a de l'habileté quoiqu'elle ait savonné certains traits.» (Liberté, 1882.)
- SCHNAPPS. Eau-de-vie.
- SCOLO. C'est ainsi que le peuple, à Paris, appelle l'enfant qui fait partie d'un bataillon scolaire. Scolo est d'un usage courant. «Vous connaissez les scolos, n'est-ce pas? C'est ainsi que l'on nomme en langage populaire, les bataillons scolaires.» (Liberté, février 1886.)
- SCORPION. «On appelle ainsi, paraît-il, à l'école de la rue des Postes, les minorés qui suivent les cours des élèves.» (Figaro, avril 1887). Il a paru, en 1887, sous ce titre: Le Scorpion, un roman de M. Marcel Prévost.
- SÉCHER. Boire. «Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.» (Figaro, 1882.)
- SECOUER LE PETIT HOMME. Polluer.
- SECOUSSE (N'en pas f... une). Argot militaire. Paresser, ne rien faire. On dit plus communément: N'en pas f... un coup.
- SECOUER SES PUCES. Danser. «Elle s'était trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-Martin; maintenant, elle secouait ses puces, comme elle disait élégamment, dans tous les bastringues voisins.» (Gaulois, 1881.)
- SEMAINE. Expression empruntée au service des caporaux et des sous-officiers. Ex.: C'est à moi que tu contes cela? je ne suis pas de semaine.—Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- SEMPERLOT. Tabac.—«Eh! Rocambole, par ici! Un cornet de semperlot.» (Humbert: Mon bagne.)
- SÉNATEUR. On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l'hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire, 1882.)
- SERGENT DE CROTTIN. Sous-officier à l'Ecole de Saumur. «Quant aux malheureux sous-officiers, baptisés du nom poétique de sergents de crotin...» (Nos farces à Saumur.)
- SHOOTER. Qui fait partie d'une société de tir aux pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore l'anglomanie. «Aucun des shooters qui fréquentent le Gun Club n'a quitté Paris.» (Bien Public, 1882.)—«Mon devoir de chroniqueur m'oblige à signaler les épreuves internationales qui viennent d'avoir lieu dans les deux grands centres de shooting d'Outre-Manche.» (Union, 1882.)
- SIBIGEOISE. Cigarette. «Parmi eux, pas une pipe; c'est trop commun! La sibigeoise (cigarette), à la bonne heure.» (Humbert: Mon bagne.)
- SILOS. Punition infligée aux soldats des compagnies de discipline.
- SIPHON (Faire). Argot du peuple. Vomir.
- SLAZE. Ivrogne.
- SOCE. Société.
- SOIRÉE BLANCHE. Soirée où il n'y a que des intimes, où se trouve banni l'apparat des grandes réceptions. «Chaque hiver, elle donnait plusieurs grandes fêtes...; entre temps, elle conviait ses intimes à des soirées blanches.» (H. Tessier: Madame Vidocq.)
- SOIREUX, SOIRISTE. Nous avions déjà les lundistes et les salonniers, voici maintenant les soireux et les soiristes (l'un et l'autre se dit ou se disent), c'est-à-dire, dans le jargon du jour, les journalistes chargés de faire ce genre d'articles, qu'Arnold Mortier inventa dans le Figaro sous cette rubrique: La Soirée parisienne. C'est, je crois, à M. E. Bergerat que revient la paternité de ces deux nouveaux vocables. «Quelles patraquées petites femmes que vos confrères éminents, les soireux sympathiques!» (France libre, janvier 1886.)
- SOIXANTE-SIX. Variété de souteneur.
- SOMMIER DE CASERNE. Fille à soldats.
- SONNETTE. Auxiliaire, femme de service, chargée, à la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la disposition des employées et des sœurs et de répondre à leur appel. Les sonnettes vont chercher dans les cours, dans les préaux, dans les bâtiments et amènent dans les bureaux les détenues dont on a besoin pour un service quelconque.
- SOUBROCHE. Souteneur. Argot des voyous.
- SOUPER DE. Avoir assez de quelque chose. Argot militaire.
- SOURDE. Prison.
- SOURNOISE. Dans le langage spécial des employés, qu'ils appartiennent à une administration publique ou particulière, la sournoise est ce que leurs chefs et eux-mêmes appellent en style correct la feuille de présence, feuille traîtresse sur laquelle on doit plusieurs fois par jour et à des moments imprévus apposer sa signature de façon à prouver qu'on est bien à son bureau et non au café voisin. Le plus souvent par une malchance fréquente la sournoise passe quand la plupart des employés sont illégalement absents.
- SOUS-DERN. Argot des écoliers. Avant-dernier.
- STARTER. Argot de courses. Celui qui donne aux jockeys le signal au départ.
- STRAPONTIN. Petit matelas en galette, étroit et plat.
- STRAPONTIN. Ce mot, en langage très familier, désigne l'objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure. «Grande bataille! Entre qui? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l'appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.» (Monde illustré, novembre 1885.) (V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)
- SUBLIMEUR. Bon écolier.
- SUBURBAIN. Le public qui suit les courses de chevaux appelle ainsi dans son jargon particulier tout champ de courses situé dans la banlieue de Paris; celui de Saint-Ouen, par exemple. «Elle ne manquait pas une journée de courses; oh! à Longchamps et à Chantilly, tout au plus à Vincennes; elle ne se commettait pas dans les suburbains, là où l'écurie n'était pas représentée.» (Vie Parisienne, septembre 1887.)
- SUIFFARD. Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.
- SURFINE. Femme qui s'introduit chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter en faveur des pauvres.
- SURMENEUSE. C'est ainsi qu'on désigne maintenant les les filles à la mode. Elles surmènent de toutes façons les heureux mortels qu'elles ont daigné distinguer. Allusion au surmenage intellectuel dont on parle tant aujourd'hui. «Une voiture emportant une de nos surmeneuses connues croise une victoria où sont deux de ses collègues.» (Charivari, nov. 1888.)
- SURNU. Surnuméraire. Argot des employés d'administration, en général.
T
- TABLEAU DES IDIOTS (Être sur le). Être pourvu d'un conseil judiciaire. Jargon des clercs de notaire. On sait que dans chaque étude se trouve à la disposition du public, un tableau ou un livre sur lequel figurent les interdits, les prodigues, tous ceux enfin qui ne jouissent pas de la plénitude de leurs droits.
- TALA. Elève de l'Ecole normale ayant des principes religieux et pratiquant.
- TAMBOUILLE. Delvau donne à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact; tambouille s'emploie aussi chez les soldats d'Afrique qui appellent ainsi leur gamelle.
- TAPEZ-MOI ÇA. Le tapez-moi ça, désigne dans le langage plus que familier cet objet de toilette qu'on nomme une tournure. «Voici que nous sommes toutes contraintes de porter la tournure, l'ajustement qu'on a appelé irrévérencieusement le tapez-moi ça.» (Gil Blas, octobre 1885.) On dit aujourd'hui nuage; v. Supra.
- TAMPONNER LE COQUILLARD. (Se). Se moquer de.
- TAMPONNER. Rudoyer. «Ah! tu me tamponnes, s'écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.» (Figaro, 1880.)
- TAPE-CUL. Argot militaire. Manœuvre sans étriers.
- TAPER (Se). Se voir refuser quelque chose; s'en passer.—Se masturber.
- TAPEUSE. Prostituée qui, sans faire payer ses services, emprunte aux clients des sommes plus ou moins élevées qu'elle ne rend bien entendu jamais. (Réveil.)
- TATEUR. Fausse clef.
- TAUPINER. Assassiner.
- TÉLÉGRAPHE (Faire le). «A cette énumération il faut ajouter le truc du télégraphe qui s'emploie pour tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe, envoyer le duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c'est faire connaître au complice qui tient les cartes, le jeu de la victime derrière laquelle on se tient à cet effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa partie.» (Henri IV, 1881.)
- TENIR. Argot théâtral. Tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche. «Voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il (M. V. Sardou) tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses.» (Revue des Deux-Mondes, 1er mars 1877.)
- TÉNOR. Argot de journaliste. Ecrivain qui rédige habituellement l'article de tête du journal.
- TERRASSE. La partie du trottoir envahie par les tables et les chaises de MM. les cafetiers.
- TÊTE A L'HUILE. Chef de la figuration dans un théâtre.
- TÊTE DE PATÈRE. Variété de souteneur.
- TÊTE DE PIPE. Idiot. La variante est: moule à chenets.
- TIERCE. Argot de bagne. Bande d'individus.
- TIFFES. Cheveux.
- TOMBAGE. Critique, éreintement. Mot très familier. (V. Tomber dans le corps du Dictionnaire.) «On s'attendait à un rapport de M. M... et à un tombage du préfet et l'on s'est perdu dans des broutilles.» (Gil Blas, juillet 1886.)
- TOMBER DANS LA DÈCHE. (V. Delvau au mot Dèche.) «Certains naïfs libidineux se laissent duper par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons jeunes gens tout ce qu'il y a de mieux en fait de femmes du monde tombées dans la dèche.» (Figaro, mars 1887.)
- TOMPIN. Tompin qui, en 1882, n'était qu'un adjectif a passé depuis au rang de substantif argotique et est devenu synonyme d'homme élégant, à la mode. Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le mot n'est plus usité) tompinette. «Le vrai bel air est aujourd'hui de s'étudier à paraître simple et de laisser aux tompins et aux tompinettes les exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.» (Figaro, août 1885.)
- TOPO. Circulaire; proposition, motion. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique.
- TOQUARD. Argot de courses. Cheval sur lequel on a placé son argent, d'inspiration, sans savoir pourquoi. «Il y a trois manières de jouer très en usage. L'inspiration, c'est-à-dire prendre un toquard, parce qu'il porte le nom de la personne aimée, celui de votre chien ou le numéro d'un cabinet particulier...» (Vie parisienne, juin 1884.)
- TORCHÉE. Coups. Rixe.
- TORCHER. Faire vite et mal.—Manger. Torcher les plats. Avoir appétit.
- TORCHON. Argot de cabotins. La toile, le rideau.
- TORTILLER LE CARTON. Jouer aux cartes. «Parfois deux sociétés font alliance pour tortiller le carton. C'est l'expression consacrée par les joueurs de besigue, de piquet à quatre, ou de rams.» (Réveil, 1882.) V. Delvau: Carton.
- TORTILLER LA VIS. Étrangler. «Je l'avais prévenu que s'il faisait un mouvement, j'allais lui tortiller la vis.» (Gazette des Tribunaux, 1864.)
- TORTORAGE. Nourriture.
- TOUPIE. Dame d'un jeu de cartes.
- TOUR (La). La Préfecture de Police.
- TOUR DE CLEF (Se donner un). Se reposer, se refaire, se mettre au vert. «Apollinaris est venu passer cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de se redonner un tour de clef.» (Raoul Nest: Les mains dans mes poches.)
- TOURLOUSINE (Administrer une). Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. P..., de lui administrer une tourlousine, dit Zulpha (un des inculpés).» (Autorité, janvier 1888.)
- TOURNÉE PASTORALE. Tournée qui a lieu en bande, le soir, après un bon dîner, dans des maisons hospitalières. La tournée pastorale implique ordinairement la flanelle.
- TOURNE-VIS. Gendarme. Argot des malfaiteurs. «Le gendarme est naturellement l'obsession du repris de justice; il le voit partout et l'a baptisé d'un nom caractéristique; le tourne-vis.» (Figaro, février 1885.)
- TRAIN (Être dans le). Suivre les caprices de la mode; accepter toutes les innovations. Nous avions déjà dans la langue familière: être dans le mouvement, suivre le mouvement, cela ne suffit plus et, le progrès aidant, il faut être aujourd'hui dans le train!—«Je crois devoir avertir Monsieur qu'il n'est plus dans le train.—...?—Encore un progrès, Monsieur, les voyages n'ont rien à faire ici; être dans le train veut dire: suivre le progrès.» (National, décembre 1886.)
- TRAIN JAUNE. «Elles (les femmes de mœurs faciles) commencent à persiller dans les trains de chemins de fer; il y en a même qui ne font qu'exploiter les trains jaunes qui emmènent chaque samedi de Paris, pour les ramener le lundi, les commerçants dont les femmes sont aux bains de mer.» (Figaro, 1882.)
- TRAINARDS (Faire les). Argot des cercles, des tripots. C'est ramasser les masses, les jetons oubliés sur les tables de jeux.
- TRANCHE (En avoir une). Être inintelligent.
- TRANSVERSALE. Argot de joueurs. On joue la transversale, quand, à la roulette, on place son enjeu transversalement, c'est-à-dire sur la ligne qui sépare deux numéros entre eux.
- TRAVAILLEUR. Voleur.
- TRÈFLE! Argot des enfants. (V. Pouce.)
- TRÈFLE. Argent monnayé. Argot des gavroches.
- TREMBLEUSE. Sonnette électrique.
- TRIMARDEUR. Voleur de grand chemin. (V. Delvau: Trimar.)
- TRIMBALLEUR DE ROUCHIES. Souteneur.
- TRINQUER. Ce verbe, qui, dans l'argot, a le sens propre de être battu, s'emploie aussi au figuré comme synonyme de: être malmené, être tancé. «Il faut que M. B... (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les actionnaires résilient leurs baux.» (Intransigeant, sept. 1888.)
- TRIPATOUILLER. Manier maladroitement quelque chose; mêler, embrouiller, rendre confus, tripoter. N'en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe au commencement de cette année 1888, ce mot est un barbarisme, barbarisme voulu, je le veux bien, mais enfin barbarisme. Que ne se servait-il pour exprimer sa pensée, du mot touiller, inusité aujourd'hui, sauf dans le centre de la France, où il signifie crotter, salir. Touiller a ses quartiers de noblesse puisqu'au temps de Charles VII, c'est-à-dire au XVe siècle, on l'employait aux sens de salir et brouiller. Il y avait même le substantif touilleur, brouillon, qu'on trouve dans Cotgrave et qui est aujourd'hui remplacé par tripatouilleur. On a même inventé tripatouille et tripatouillage.
«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)