Mercredi 10 juillet 1895.

Les vexations de tout genre recommencent de plus belle. Je ne puis plus me promener autour de ma case, je ne peux plus m'asseoir derrière ma case, devant la mer, seul endroit où il faisait frais et de l'ombre. Enfin je suis mis au régime des forçats, c'est-à-dire plus de café, plus de cassonade; un morceau de pain de deuxième qualité chaque jour et deux fois par semaine 250 grammes de viande. Les autres jours, endaubage ou lard conservé. Il est possible que ce nouveau régime comporte aussi la suppression des vivres de conserve que je recevais de Cayenne.

Je ne sortirai plus de mon cabanon, je vivrai de pain et d'eau; cela durera tant que cela pourra.

Vendredi 12 juin 1895.

Ce n'est point, paraît-il, la ration des forçats qui m'est délivrée, mais une ration spéciale pour moi. Enfin, cela ne comporte pas la suppression des vivres de conserve que je reçois de Cayenne.

Mais peu importe tout cela.

Ce sont mes nerfs, mon cerveau, mon cœur qui souffrent!

Impossible d'aller m'asseoir au seul endroit où il y avait un peu d'ombre dans la journée, où le vent de la mer qui me fouettait la figure faisait écho aux vibrations de mon âme.

Même jour, soir.

Je viens de recevoir des vivres de conserve de Cayenne. Mais qu'importe la nourriture du corps, le martyre qu'on me fait endurer est effroyable. On doit me garder, m'empêcher de partir—si tant est que j'en aie jamais manifesté l'intention, car la seule chose que je cherche, que je veux, c'est mon honneur—mais je suis poursuivi partout, tout ce que je fais est critiqué, matière à suspicion. Quand je marche trop vite, on dit que j'épuise le surveillant qui doit m'accompagner; quand je déclare alors que je ne sortirai plus de mon cabanon, on menace de me punir! Enfin le jour de la lumière finira bien par arriver, par venir.