Je viens de relire tes chères lettres et je n’ai pas besoin de te dire que je les relirai encore souvent jusqu’au prochain courrier. Les journées sont longues, seul, en tête-à-tête avec soi-même, sans jamais prononcer une parole.

Que mon âme t’inspire, ma chère Lucie, car je sens bien que pour tes chers parents, pour tous enfin, comme pour nous, il faut que ce drame finisse. Dusses-tu frapper à toutes les portes, il faut avoir l’énigme de cette machination infernale qui nous a enlevé ce qui fait vivre et ce qu’il nous faut: notre honneur.

Quant à nos chers enfants, embrasse-les de tout cœur pour moi. Les quelques mots que Pierre ajoute à chaque lettre me font plaisir. C’est pour toi et pour eux que j’ai eu la force de tout supporter et je veux voir le jour où l’honneur nous sera rendu. Et cela, je le veux fortement, puissamment, avec toute l’énergie d’un homme qui place l’honneur au-dessus de tout. Puisse ce vœu se réaliser bientôt! Tu dois tout faire pour qu’il s’accomplisse.

Je t’embrasse encore avec toute mon âme.

Ton dévoué,

Alfred.

Embrasse tes chers parents, tous les nôtres pour moi.


Le 27 septembre 1895.

Ma chère Lucie,