Je viens de recevoir tes chères lettres du mois d’août, si impatiemment attendues chaque mois, ainsi que toutes celles de la famille.
Écris-moi toujours longuement. J’éprouve une joie enfantine à te lire, car il me semble ainsi t’entendre causer, sentir ton cœur battre près du mien.
Quand tu souffriras trop, prends la plume et viens causer avec moi.
Merci des bonnes nouvelles que tu me donnes des enfants. Embrasse-les longuement de ma part.
Mon corps, chère Lucie, est indifférent à tout, mû par une force presque surhumaine, par une puissance supérieure: le souci de notre honneur.
C’est le devoir sacré que j’ai à remplir vis-à-vis de toi, de nos enfants, des miens, qui remplit mon âme, qui la gouverne et qui fait taire mon cœur ulcéré... Autrement le fardeau serait trop lourd pour des épaules humaines.
Assez gémi, chère Lucie, cela n’avance à rien. Il faut que ce supplice épouvantable de tous finisse. Forte de mon innocence, marche droit à ton but, silencieusement, sans bruit, mais franchement et énergiquement, dusses-tu porter la question devant les têtes les plus hautes. Il n’y a pas de cœur humain qui reste insensible aux supplications d’une femme qui vient, entourée de ses enfants, demander qu’on démasque enfin les coupables, justice pour de malheureuses et épouvantables victimes. Pas de retour sur le passé, mais parle avec ton cœur, tout ton cœur. Ce drame dont nous souffrons est assez poignant dans sa simplicité même.
Agis donc comme je te l’ai dit dans mes lettres du 7 et du 27 septembre, franchement, résolument, avec l’âme d’une femme qui a à défendre l’honneur, c’est-à-dire la vie de son mari, de ses enfants.
Ne t’abandonne pas dans la douleur, ma chère et bonne Lucie, cela ne sert à rien. Passe des paroles aux actes et sois grande et digne par les actes.
Embrasse tes chers parents, tous les nôtres pour moi. Remercie-les de leurs bonnes et affectueuses lettres, ainsi que ta chère tante pour les lignes émues qu’elle m’a écrites. Je ne leur écris pas directement, quoique mon cœur soit nuit et jour avec tous, car je ne pourrais que me répéter toujours.