De longs et bons baisers à nos chers enfants. Bien souvent je contemple leurs portraits et je cherche à voir ce qu’ils sont aujourd’hui.
Ah! chère Lucie, dis-toi bien que, dans mes moments de détresse, j’ai ces trois noms qui sont mon soutien, qui sont ma sauvegarde, qui me font relever quand je tombe, car il faut que nos enfants entrent dans la vie la tête haute.
Je t’embrasse comme je t’aime, de toutes mes forces,
Alfred.
Le 3 janvier 1896.
Ma chère Lucie,
Je lis et relis avec avidité tes chères lettres d’octobre et de novembre, et, quoique je t’aie écrit déjà le 31 décembre, je veux encore venir causer avec toi.
Tes lettres ne sauraient augmenter mon affection, mais elles m’inspirent une admiration chaque jour plus grande pour ton caractère, ton grand cœur, et je me fais honte à moi-même de ne pas savoir mieux souffrir, de t’écrire parfois des lettres aussi nerveuses et aussi troublantes.
Quant au but, je n’ai jamais varié. Innocent, il faut que mon innocence éclate, que notre nom redevienne ce qu’il mérite d’être. Mais tu dois comprendre aussi que les souffrances sont parfois si aiguës, les révoltes si violentes, que les cris de douleur s’exhalent malgré soi, et qu’on voudrait, aux dépens de tout, avoir enfin l’énigme de cette monstrueuse affaire, faire jaillir la vérité, faire triompher la justice.