Ah! oui, chère et bonne Lucie, pour toi comme pour moi, je voudrais bien entendre une bonne parole, parole de paix et de consolation, qui vienne mettre un peu de baume sur nos cœurs si broyés, si torturés.

Ce que je ne puis assez te dire, ma bonne chérie, c’est tout ce que je souffre pour toi, pour nos chers enfants, pour nous tous. Je ne croyais pas qu’on pût vivre avec de telles douleurs; enfin, je ne veux pas insister là-dessus, je ne puis, comme je te le disais, que souhaiter avec toi que, par la découverte de la vérité, nous retrouvions enfin cette atmosphère de bonheur dont nous jouissions tant, l’oubli dans notre affection mutuelle et dans celle de nos enfants.

En attendant tes bonnes lettres, je t’embrasse comme je t’aime, de toutes mes forces, ainsi que nos chers enfants.

Ton dévoué,

Alfred.

Baisers à tous.


Le 22 novembre 1896.

Ma chère et bonne Lucie,

Je ne t’ai pas écrit au début du mois par le courrier anglais, car j’attendais chaque jour ton courrier de septembre; je ne l’ai pas encore reçu. Comme je te le disais dans ma dernière lettre qui date, hélas, d’un mois déjà, j’espère que d’autres cœurs ressentiront avec nous les atroces souffrances de nos longs mois de martyre, cette torture incessante, inexprimable de toutes les heures, de toutes les minutes, toute l’horreur enfin d’une situation morale aussi écrasante, qu’ils t’apporteront un concours ardent, généreux, dans la découverte de la vérité, et je ne puis que souhaiter pour tous deux, ma pauvre chérie, et pour tous, d’entendre bientôt une parole humaine qui soit une bonne parole, qui vienne mettre un léger baume sur notre cuisante blessure, raffermir un peu nos cœurs, nos cerveaux si ébranlés, si épuisés par tant d’émotions, par tant d’épouvantables secousses. Je ne puis donc, en attendant tes chères lettres, que t’envoyer l’écho de mon immense affection, t’embrasser de tout mon cœur, de toutes mes forces, comme je t’aime, ainsi que nos chers et adorés enfants.