Je te les ai encore exposés longuement dans mes nombreuses lettres de janvier et ils peuvent encore se résumer dans la réunion de toutes les forces dont dispose un pays pour hâter le moment où la vérité sera découverte, pour mettre le plus tôt possible un terme à un tel martyre.
Mais quoiqu’il en soit, je tiens à te répéter toujours qu’au dessus de toutes nos souffrances, qu’au dessus de toutes nos existences il y a un nom à rétablir dans toute son intégrité, aux yeux de la France entière. Ce sentiment doit régner immuablement dans ton âme, dans les nôtres à tous.
Je souhaite simplement pour toi, ma pauvre chérie, comme pour moi, comme pour nous tous, que tous les cœurs sentent avec nous toute l’horreur tragique d’une situation aussi épouvantable supportée depuis si longtemps, cette torture effroyable d’âmes humaines dont le cœur est martelé nuit et jour sans trêve ni repos; que, par un concours d’efforts sorte encore la seule chose que nous demandons depuis si longtemps: toute la vérité sur ce lugubre drame, et que j’entende bientôt une parole humaine qui vienne mettre un léger baume sur une si profonde blessure.
Je t’embrasse comme je t’aime, de toute la puissance de mon affection, ainsi que nos chers enfants.
Ton dévoué,
Alfred.
Mes meilleurs baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.
Le 28 mars 1897.
Chère Lucie,