Quant à toi, tu n’as à savoir ni ce que l’on dit, ni ce que l’on pense. Tu as à faire inflexiblement ton devoir, vouloir non moins inflexiblement ton droit: le droit de la justice et de la vérité. Oui, il faut que la lumière soit faite, je formule nettement ma pensée; mais s’il y a dans cette horrible affaire d’autres intérêts que les nôtres, que nous n’avons jamais méconnus, il y a aussi les droits imprescriptibles de la justice et de la vérité; il y a le devoir pour tous de mettre un terme à une situation aussi atroce, aussi imméritée, en respectant tous les intérêts.

Je ne puis donc que souhaiter, pour tous deux, pour tous, que cet effroyable, horrible et immérité martyre ait enfin un terme.

Maintenant, que puis-je apporter encore pour exprimer encore cette affection profonde, immense pour toi, pour nos enfants, pour exprimer mon affection pour tes chers parents, pour tous nos chers frères et sœurs, pour vous tous enfin qui souffrez cet effroyable et long martyre.

Te parler longuement de moi, de toutes les petites choses, c’est inutile; je le fais parfois malgré moi, car le cœur a des révoltes irrésistibles; l’amertume, quoi qu’on en veuille, monte du cœur aux lèvres quand on voit ainsi tout méconnaître, tout ce qui fait la vie noble et belle; et, certes, s’il ne s’agissait que de moi, de ma propre personne, il y a longtemps que j’eusse été chercher dans la paix de la tombe l’oubli de ce que j’ai vu, de ce que j’ai entendu, l’oubli de ce que je vois chaque jour.

J’ai vécu pour te soutenir, vous soutenir tous de mon indomptable volonté, car il ne s’agissait plus là de ma vie, il s’agissait de mon honneur, de notre honneur à tous, de la vie de nos enfants; j’ai tout supporté sans fléchir, sans baisser la tête, j’ai étouffé mon cœur, je refrène chaque jour toutes les révoltes de l’être, réclamant toujours et encore à tous, sans lassitude comme sans jactance, la vérité.

Je souhaite cependant pour nous deux, pauvre aimée, pour tous, que les efforts, soit des uns, soit des autres, aboutissent bientôt; que le jour de la justice luise enfin pour nous tous, qui l’attendons depuis si longtemps.

Chaque fois que je t’écris, je ne puis presque pas quitter la plume, non pour ce que j’ai à te dire... mais je vais te quitter de nouveau, pour de longs jours, ne vivant que par ta pensée, celle des enfants, de vous tous.

Je termine cependant en t’embrassant ainsi que nos chers enfants, tes chers parents, tous nos chers frères et sœurs, en te serrant dans mes bras de toutes mes forces et en te répétant avec une énergie que rien n’ébranle, et tant que j’aurai souffle de vie: courage, courage et volonté!

Mille baisers encore.

Ton dévoué,