—Lisiez-vous les journaux en prison?

—Non, aucun; on m’a bien dit que la presse s’occupait beaucoup de moi, et que certains journaux profitaient de cette accusation ridicule pour se livrer à une campagne antisémite. Je n’ai rien voulu lire.

Puis, raide et comme insensible, il ajoute: A présent, c’est fini. On va m’expédier à la presqu’île Ducos; dans trois mois, ma femme viendra m’y rejoindre.

—Et, reprit le capitaine Lebrun-Renault, avez-vous l’intention de prendre la parole tout à l’heure?

—Oui, je veux protester publiquement de mon innocence.

Devant cette déclaration nettement formulée, le capitaine fit informer le général Darras de la résolution de Dreyfus. Elle avait d’ailleurs été prévue, et un roulement de tambours devait lui couper la parole en cas de besoin. Il était neuf heures moins dix lorsque quatre artilleurs entrèrent dans la salle.

—Voici les hommes qui viennent vous prendre, Monsieur, dit le capitaine Lebrun-Renault.

—Bien, mon capitaine, je les suis, mais je vous le répète les yeux dans les yeux, je suis innocent.

Et il suivit les soldats.»

Le lendemain, l’Agence Havas communiqua aux journaux la note suivante, qui établit seulement que le capitaine Lebrun-Renault n’avait fait lui-même aucune communication à la presse: