Prie donc Mᵉ Demange, qui a obtenu l’autorisation de me voir, de venir le plus tôt possible, afin que je lui explique la grâce que demande un innocent, en attendant que justice entière lui soit rendue.

Tu me demandes aussi, ma chérie, ce que je fais du matin au soir, et du soir au matin. Je ne veux pas te communiquer mes tristes réflexions, ta douleur est déjà assez grande, et il est inutile de l’augmenter encore. Ce que je t’ai dit plus haut suffit pour te faire comprendre ce que je désire en ce moment: l’exil en plein air avec toi, en attendant la réhabilitation.

Quant au reste, je te le raconterai plus tard, quand nous serons réunis et heureux.

Je te confierai cependant une chose, c’est que dans mes plus tristes moments, dans mes moments de crise violente, une étoile vient tout à coup briller dans mon cerveau et me sourire. C’est ton image, ma chérie, c’est ton image adorée, que j’espère revoir bientôt et auprès de laquelle j’attendrai patiemment qu’on me rende ce que j’ai de plus cher en ce monde, mon honneur, mon honneur qui n’a jamais failli.

Embrasse tout le monde pour moi. Baisers aux chéris.

Je t’embrasse mille fois,

Alfred.

Comme j’attends vendredi avec impatience! Quel dommage que tu ne sois pas venue aujourd’hui à une heure autre que celle du déjeuner du Directeur; peut-être t’aurait-on permis de m’embrasser.


Mardi, 7 heures du soir.