7 heures et demie, soir.

Je n’ai reçu aujourd’hui ni lettre de toi, ni lettre de personne. Ont-elles été arrêtées en route? Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu aujourd’hui le seul rayon de soleil qui vienne égayer ma prison.

P.-S.—Au moment de me coucher, on me remet un paquet de lettres que je vais savourer avec délices.


Le 11 janvier 1895.
(Jeudi 5 heures, soir)

Ma chérie,

Merci de tes deux dernières lettres (l’une de mardi soir, l’autre, je pense, de mercredi matin), que l’on vient de me remettre.

Écris-moi matin et soir; quoique je reçoive tes deux lettres en même temps, je te suis ainsi par la pensée, je te vois agir, il me semble que je vis auprès de toi.

Je m’occupe un peu à lire et à écrire, j’essaie ainsi d’éteindre les bouillonnements de mon cerveau et de ne plus penser à ma situation si triste et si imméritée.

Pardonne-moi, ma chère, si parfois je gémis... mais que veux-tu, il m’arrive, sous l’amertume des souvenirs, d’avoir besoin d’épancher dans ton cœur le trop plein du mien. Nous nous sommes toujours si bien compris, mon adorée, que je suis sûr que ton âme forte et généreuse palpite d’indignation avec la mienne.