Nous étions si heureux! Tout nous souriait dans la vie. Te souviens-tu quand je te disais que nous n’avions rien à envier à personne? Situation, fortune, amour réciproque de l’un pour l’autre, des enfants adorables... nous avions tout enfin.

Pas un nuage à l’horizon... puis un coup de foudre épouvantable, inattendu, si incroyable même, qu’aujourd’hui encore il me semble parfois que je suis le jouet d’un horrible cauchemar.

Je ne me plains pas de mes souffrances physiques, tu sais que celles là je les méprise; mais sentir planer sur son nom une accusation épouvantable, infâme, quand on est innocent... Ah! cela non! Et c’est pourquoi j’ai supporté toutes les tortures, tous les affronts, car je suis convaincu que tôt ou tard la vérité se découvrira et qu’on me rendra justice.

J’excuse très bien cette colère, cette rage de tout un noble peuple auquel on apprend qu’il y a un traître... mais je veux vivre, pour qu’il sache que ce traître ce n’est pas moi.

Soutenu par ton amour, par l’affection sans bornes de tous les nôtres, je vaincrai la fatalité. Je ne prétends pas que je n’aurai pas encore parfois des moments d’abattement, de désespoir même. Vraiment, pour ne pas se plaindre d’une erreur aussi monstrueuse, il faudrait une grandeur d’âme à laquelle je ne prétends pas. Mais mon cœur restera fort et vaillant.

Donc, du courage et de l’énergie, ma chérie. Il nous en faut à tous. Levez tous la tête, portez-la fière et haute, nous sommes des martyrs.

Je vivrai, mon adorée, parce que je veux que tu puisses continuer à porter mon nom comme tu l’as fait jusqu’à présent, avec honneur, avec joie et avec amour, parce qu’enfin je veux le transmettre intact à nos enfants.

Ne vous laissez donc pas abattre par l’adversité ni les uns ni les autres; cherchez la vérité sans trêve ni repos.

Quant à moi, j’attendrai avec la force que donne une conscience pure et tranquille que l’on tire au clair cette mystérieuse et tragique affaire.

Tu sais d’ailleurs, ma chérie, que la seule grâce que j’aie jamais sollicitée, c’est la vérité. J’espère qu’on ne faillira pas à ce devoir qu’on doit à un être humain qui ne demande qu’une chose: c’est qu’on poursuive les recherches.