Le temps passe lentement, les minutes sont des heures. Comment dépenser mon énergie, comment faire taire mon cœur! Parfois la patience m’échappe. Ce ne sont ni le courage ni l’énergie qui me font défaut, tu le sais bien...; d’ailleurs ma conscience me donne des forces surhumaines... mais c’est cette inactivité terrible, ce désir que j’aurais de vous aider pour poursuivre le but unique de ma vie, la découverte du misérable qui m’a volé mon honneur, voilà ce qui me brûle le sang. Ah, j’aimerais mieux monter tout seul à l’assaut de dix redoutes que d’être là, impuissant, inactif à attendre passivement que la vérité se découvre!

J’envie le casseur de pierres sur la grande route, absorbé dans son travail machinal.

A tout à l’heure, ma chérie. Tu me rendras de la patience.


3 heures.

Déjà, le temps a passé comme dans un rêve... J’avais cependant tant de choses à te dire... et puis quand je me vois en ta présence, je te regarde, je ne me souviens plus de rien... Tout ce qui m’arrive me paraît un rêve, il me semble que nous n’allons plus nous séparer, que je me réveille enfin d’un horrible cauchemar... Mais hélas, la réalité est là, c’est la séparation.

Ah, le misérable qui a commis ce crime et nous dérobe notre honneur, ce n’est pas un châtiment ordinaire qu’il mérite... J’espère que le jour où on le découvrira enfin, l’opinion publique clouera son nom au pilori de l’histoire... que le supplice qu’on lui infligera sera au dessus de tout ce que l’on peut imaginer...

Je te demande pardon de mon énervement, de mon impatience. Mais comprends, ma chérie, ce que sont pour moi ces longues heures, ces longues journées!

Mais je suis cependant plus calme après chaque entrevue, je puise de nouvelles forces, une nouvelle dose de patience dans tes regards, dans ton amour.

Ah, cette vérité, il nous la faut, brillante, claire et lumineuse; je ne vis que pour cela, je ne vis que dans cet espoir.