Et cette vérité, comme tu me l’as si bien dit, il nous la faut entière, absolue... il faut qu’il ne subsiste de doute dans l’esprit de personne, il faut que mon innocence éclate complète, il faut que l’on reconnaisse que mon honneur est aussi haut placé que celui de qui que ce soit au monde.

Et pour cela évidemment, il faut que je prenne patience... je le reconnais avec toi... Mais le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas! Si je pouvais endormir mon cerveau jusqu’au jour où l’on aura trouvé le coupable, je supporterais vaillamment et sans sourciller les tortures physiques... et puis songe à cette atmosphère qui va m’envelopper durant la route que j’ai encore à parcourir!

Enfin, faisons taire mon cœur. Je puise chaque fois de nouvelles forces, une nouvelle dose de patience dans ton regard.

Ne pense donc plus à mes souffrances. Tu ne peux les soulager qu’en agissant comme tu le fais, c’est-à-dire en cherchant le coupable sans trève ni repos.

J’ai lu les quelques lignes de Pierrot dans la lettre de Marie. Merci beaucoup à tous deux, surtout à la main qui a dirigé celle de Pierrot.

Fais de nos chers enfants des êtres vigoureux et sains.

Je t’embrasse comme je t’aime,

Alfred.


Le 15 janvier 1895.
(Mardi, 9 heures du matin)