Ma chérie,

J’ai beaucoup pensé cette nuit à ce que tu m’as dit hier en m’exhortant à la patience, en me faisant comprendre que rien ne se fait en un jour. Hélas, je le sais bien, mais je souffre précisément de mes qualités qui sont des défauts dans les circonstances actuelles. Homme d’action, je suis impatient de voir déchiffrer cette énigme qui me torture le cerveau.

Enfin, tu me comprends, ma chérie, puisque tu me connais si bien. Il est inutile que je retrace chaque jour les fièvres d’impatience qui me saisissent parfois, les accès de colère folle qui me secouent à certains moments...

J’ai reçu hier soir une bonne nouvelle. On m’a appris que je verrai ta mère aujourd’hui; je m’en réjouis à l’avance.


5 heures 1/2.

J’ai vu quelques instants Mᵉ Demange. Après lui, j’ai eu le plaisir de voir ta mère.

J’étais tellement énervé aujourd’hui que j’ai eu presque des faiblesses devant elle; que veux-tu, parfois je redeviens un homme avec toutes ses faiblesses et toutes ses passions.

Avoue d’ailleurs qu’il y a dans ma situation de quoi abattre les plus forts.

Ah! crois bien que si ce n’était pour toi, pour nos chers enfants, il me serait plus doux de mourir. Mais il faut que je me raidisse contre la douleur, il faut que je me dise que je supporterai tous les calvaires, tous les martyres, jusqu’au jour où mon innocence éclatera au grand jour.