Ma chérie,
Je viens de passer une semaine atroce. Je suis sans nouvelles de toi depuis dimanche dernier, c’est-à-dire depuis huit jours. Je me suis imaginé que tu étais malade, puis que l’un des enfants l’était... J’ai fait ensuite toutes sortes de suppositions dans mon cerveau malade... J’ai bâti toutes sortes de chimères.
Tu peux t’imaginer, ma chérie, tout ce que j’ai souffert, tout ce que je souffre encore. Dans mon horrible solitude, dans la situation tragique dans laquelle des événements aussi bizarres qu’incompréhensibles m’ont placé, j’avais au moins cette unique consolation, c’est de sentir près de moi ton cœur battre à l’unisson du mien, partager toutes mes tortures.
La nuit de jeudi à vendredi surtout a été épouvantable. Je ne veux pas te la narrer, elle t’arracherait le cœur. Tout ce que je puis te dire, c’est que je me débattais contre l’accusation qui avait été portée contre moi, que je me disais que c’était impossible... puis je me réveillais et je constatais la triste réalité.
Ah! pourquoi ne peut-on pas m’ouvrir le cœur et y lire à livre ouvert; on y verrait au moins les sentiments que j’ai toujours professés, ceux que j’ai encore. Mais non, vois-tu, il me semble impossible que tout cela dure éternellement... la vérité doit se faire jour!
Par un effort inouï de ma volonté, je me suis ressaisi. Je me suis dit que je ne pouvais ni descendre dans la tombe, ni devenir fou avec un nom déshonoré. Il fallait donc que je vive, quelle que dût être la torture morale à laquelle je suis en proie.
Ah! cet opprobre, cette infamie qui couvrent mon nom, quand donc les enlèvera-t-on?
Qu’il vienne donc, le jour béni où mon innocence sera reconnue, où l’on me rendra mon honneur qui n’a jamais failli!... Je suis bien las de souffrir.
Que l’on me prenne mon sang, que l’on fasse ce que l’on voudra de mon corps..., tu sais que j’en fais fi..., mais qu’on me rende mon honneur.
Personne n’entendra donc ce cri de désespoir, ce cri d’un malheureux innocent qui, cependant, ne demande que justice!