Pour toutes pulces faire soubdain mourir[70].
C'était bien, en effet, une guerre incessante et une guerre à mort. Aussi tous les manuels de la vie pratique écrits vers cette époque se font-ils l'écho de ce grave souci. Le Traicté nouveau, intitulé bastiment de receptes[71] fournit, avec d'intéressants détails, cinq procédés infaillibles:
«Pour faire que les punaises ne te nuysent point la nuyt;
«Pour faire un oignement qui tue les punaises en la couche ou couchette;
«Pour faire qu'il n'y aye nulles pusses en une chambre;
«Pour faire un unguent qui tue les punaises ou mortzpions;
«Pour tuer les poulz et lentes.»
Remarquez que, de ce temps, date la fureur des cosmétiques, des fards, des essences, des pâtes, des parfums, qui ne se calma qu'au commencement du règne de Louis XIV. Il faut donc se rendre à l'évidence, et se représenter telle qu'elle était la haute société du seizième siècle. S'il y avait, par exemple, gala au Louvre, gentilshommes et grandes dames, bardés de crasse, mais couverts de parfums, de perles et de pierreries, montaient sur un cheval ou un mulet, la femme en croupe derrière son mari[72]. On se mettait à table, et les convives, s'aidant un peu du couteau, mangeaient avec les doigts, engluant leur serviette, qu'on était forcé de changer après chaque plat.
Vers 1640, parurent enfin, les Loix de la galanterie[73], code du bon ton à l'usage des petits-maîtres; on y voit avec surprise quels raffinements de soins la mode imposait alors aux galants du grand monde. Lisez: «L'on peut aller quelquefois chez les baigneurs pour avoir le corps net, et tous les jours l'on prendra la peine de se laver les mains. Il faut aussi se faire laver le visage presque aussi souvent, et se faire razer le poil des jouës, et quelquefois se faire laver la teste... Vous aurez un valet de chambre instruit à ce mestier, ou bien vous vous servirez d'un barbier qui n'ait autre fonction, et non pas de ceux qui pansent les playes et les ulcères, et qui sentent toujours le puz et l'onguent. Outre l'incommodité que vous en recevez, il y a danger mesme que venant de panser quelque mauvais mal, ils ne vous le communiquent; tellement que vous ne les appellerez que quand vous serez malades. Et en ce qui est de vous accommoder le poil, vous aurez recours à leurs compétiteurs, qui sont barbiers-barbans[74].» Notre manuel ne parle pas des femmes, mais la mode est toujours donnée par elles. Si elles eussent eu soin de leur personne, auraient-elles pu souffrir auprès d'elles ces soupirants malpropres?