PEIGNE EN IVOIRE SCULPTÉ DU SEIZIÈME SIÈCLE.
Musée du Louvre. Collection Sauvageot.
A l'égard des soins du corps, les couvents de femmes eux-mêmes ne jouissaient d'aucun privilége, bien qu'on y autorisât le rouge et les mouches. Vers la fin du dix-septième siècle, madame de Mazarin, retirée chez les Visitandines de la rue Saint-Antoine, ayant demandé un jour à se laver les pieds, la maison entière s'en émut, et la duchesse essuya un refus fort net. Comme elle tenait à ses idées, elle se procura de l'eau et, faute de mieux, en remplit un grand coffre qui était dans le dortoir; de sorte que tout cela finit par une inondation générale [9].
Dans son grand Dictionnaire des sciences ecclésiastiques publié en 1760, le Dominicain Richard concède que «l'usage du bain est permis en soi, pourvu qu'on ne le prenne pas par volupté, mais par nécessité [10],» et la récente canonisation de Benoît Labre prouve bien que l'Église n'a jamais entendu faire de la propreté même une demi-vertu. A en croire les panégyristes de ce saint personnage, l'odeur infecte qu'exhalait son corps crasseux et couvert de vermine faisait fuir jusqu'aux mendiants les plus sales [11].
En dehors de l'Église, on fut assez propre au moyen âge, surtout dans la classe aisée. Les croisés avaient rapporté d'Orient le goût des bains, et de bonne heure les étuves s'étaient multipliées à Paris. Leur souvenir s'y est conservé, presque jusqu'à nos jours, dans le nom de plusieurs rues.
Le cul-de-sac des Étuves-Saint-Michel longeait l'église de ce nom et aboutissait dans la rue de la Barillerie [12], aujourd'hui boulevard du Palais.
La rue des Étuves-Saint-Martin, devenue rue des Vieilles-Étuves, se nommait au treizième siècle rue Geoffroi-des-Bains ou des Étuves, vicus Gauffridi de Balneolis sive stuffarum [13].
La rue Sauval actuelle portait, il y a encore peu d'années, le nom de rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré.
A gauche de la rue Marivaux, aujourd'hui rue Nicolas-Flamel, s'ouvrait le cul-de-sac des Étuves, ainsi appelé d'un établissement qui y était situé [14], et dont la réputation dura plusieurs siècles.
Le cul-de-sac de la Porte-aux-Peintres, aujourd'hui impasse des Peintres, s'est appelé ruelle sans chef dite des Étuves [15].