1o Vie du père Marie Ephrem ou Histoire d’un Moine de nos jours, etc.

2o Les Trappistines de Blagnac ou la Femme à la Trappe.

3o Annales de l’abbaye d’Aiguebelle, par un religieux de ce monastère.

Pendant le IIIe siècle de l’ère chrétienne, un grand nombre d’anachorètes habitèrent les déserts de la Thébaïde et de la Haute-Egypte. Saint Paul et saint Antoine, qui y vinrent les premiers servir Dieu loin du tumulte des cités, furent suivis d’une multitude de fidèles ; en 400, leur nombre devint prodigieux, et au commencement du Ve siècle, quatre-vingt mille moines avaient fait des déserts de l’Egypte des villes saintes peuplées seulement de serviteurs du Christ.

Tandis que saint Antoine jetait en Orient les fondements de l’ordre monastique, saint Benoît accomplissait la même mission en Occident. Peu à peu les solitaires se rapprochèrent des villes, et bientôt ils y vécurent en communauté. Cependant la ferveur ne fut pas toujours la même chez les habitants des cloîtres. Soit en Orient, soit en Occident, elle fut soumise à bien des oscillations ; les règles furent parfois même méconnues, et il y eut bien des réformes et des régénérations jusqu’à saint Bernard, le grand réformateur de la discipline religieuse.

« Toute la vie de ces prédestinés pouvait se résumer en ces mots : prier, méditer, veiller, jeûner, travailler dans le silence et la retraite la plus entière. Une grotte naturelle ou taillée dans le roc, une hutte en bois, couverte de branches et de feuillage, leur servait d’asile ; quelques fruits, quelques racines que produisait le désert suffisaient pour calmer leur faim ; ils ne l’apaisaient jamais entièrement, ils cherchaient moins à prolonger leurs jours que leur pénitence ; l’eau d’une source ou d’un torrent étanchait leur soif. »

Les ennemis de la vie monastique, et ceux-là assurément ne l’ont jamais bien étudiée, ne manquèrent pas, dans tous les temps, de relever avec exagération les désordres et les relâchements qui se glissèrent dans les divers ordres de religieux ; mais il est injuste de juger une règle d’après ses exceptions, et si, sur la grande quantité de religieux des temps antiques, quelques-uns ont dévié de la route sainte qui leur était tracée, on ne doit pas oublier les services immenses que les moines fidèles ont rendus aux arts et aux sciences du fond de leur retraite. En effet, tout en se livrant au défrichement et à la culture de la terre, les moines seuls, pendant les temps de désordre ou de barbarie, s’occupèrent de la conservation ou de l’amélioration des doctrines ; eux seuls pratiquèrent les connaissances antiques, eux seuls firent de nouvelles découvertes et préparèrent les voies à l’extension de la science et de l’art.

Parmi les ordres religieux qui ont plus ou moins vivement préoccupé les opinions, celui de la Trappe est l’un des plus remarquables, autant par la rigidité de ses règles que par ses vicissitudes et sa constante vitalité.

Vers le milieu du XIIe siècle (1140), Rotrou II, comte du Perche, un des plus intrépides soutiens de la cause de l’Eglise dans les croisades, voyageait en Angleterre avec son épouse et quelques gentilshommes. Une tempête épouvantable menaça d’engloutir le vaisseau sur lequel il se trouvait. Dans ce danger imminent, il fit vœu, si le Ciel le conservait lui et ceux qui l’accompagnaient, d’élever, à son retour en France, une église en l’honneur de la Mère de Dieu. Sa foi fut récompensée ; aussi s’empressa-t-il, aussitôt son arrivée dans ses terres, de faire construire une église et de plus un monastère dans un vallon qui depuis bien longtemps portait le nom de Trappe.

Depuis, ce monastère prit le titre de Maison-Dieu, Notre-Dame de la Trappe[3].