Certes, il s’en faut qu’on procède d’ordinaire avec autant de circonspection et de sagesse, quand il est question de s’engager au milieu du monde, dans des états où incontestablement les périls ne sont pas moins redoutables, ni les regrets moins amers et moins fréquents.
Il ne faut pas se le dissimuler, l’année du noviciat donne plus d’épines que de roses, soit parce que les commencements sont toujours difficiles, soit parce qu’il faut rompre avec d’anciennes habitudes, acheter par des sacrifices le droit de s’appeler Trappiste, faire preuve d’humilité, d’obéissance et d’abnégation complète, en un mot ; faire l’apprentissage du martyre avant d’être admis à l’école du Calvaire, où le Crucifié enseigne à ses disciples une passion nouvelle qu’on peut appeler la passion de la croix, et fait de chaque religieux un autre Christ marqué aux stigmates de la pénitence.
Chaque jour du noviciat amène son épreuve donnant occasion de dompter sa nature, de se corriger aujourd’hui d’un défaut, demain d’un penchant et d’obtenir une à une les vertus qui feront le bon religieux.
Je voudrais bien pouvoir ici satisfaire la curiosité de mes lecteurs en racontant quelques-unes des épreuves que les novices ont à subir ; mais c’est un secret d’intérieur, un de ces mystères sacrés connus seulement de ses initiés et caché au vulgaire qui, ne sachant en comprendre la haute signification, pourrait en profaner la sainteté.
Le cloître est un séjour de privations et de croix, recouvrant, il est vrai, de célestes et angéliques délices ; mais là plus de plaisirs tels qu’en offre le monde, plus d’amitiés humaines, plus de dissipations, plus de lectures amusantes, plus de volonté propre : il faut se taire quand on voudrait parler et parler quand on voudrait se taire ; agir quand on voudrait se reposer et se reposer quand on voudrait agir. Il faut savoir supporter une confusion sans trouble, une correction sans excuse, une louange sans plaisir, un commandement tout opposé à ses goûts sans réplique et même avec joie.
XII
La profession.
Ce n’est pas peu de chose de vivre dans un monastère ou dans une congrégation, de n’y être jamais une occasion de plainte, et d’y persévérer fidèlement jusqu’à la mort. (IMIT.)
Au bout d’un an et un jour, le novice trappiste prononce des vœux simples ; car, Grégoire XVI, de sainte mémoire, déclara par un édit que, à partir du premier jour du mois de mars 1837, les vœux émis à l’avenir par les Trappistes, dans les limites de la France, devaient être regardés comme simples[9].
[9] D’après un décret de notre saint-père Pie IX, on ne peut prononcer des vœux, dans les congrégations où l’on émet des vœux solennels, qu’après trois années de noviciat ; de plus, il faut être âgé de vingt et un ans, c’est-à-dire lorsqu’on est capable, par la maturité de son raisonnement, de comprendre la démarche qu’on fait. Est-ce là se déterminer à la légère et par un mouvement irréfléchi ?
Ce décret ne regarde pas les Trappistes, dont les vœux, quoique perpétuels, sont toujours simples.